
Patricia et Richard Il fera nuit noire pour retrouver en milieu de forêt notre place au petit camping rustique. Allées étroites et arbres inclinés, c’est au pas que nous progressons dans ce dédale quand, dans la lumière des phares, une plaque d’immatriculation peu commune ici m’interpelle. C’est bien une plaque française. Qui plus est : 34, l’Hérault, autant dire des voisins ! Stop immédiat, on se présente à peine…
… nous voici reconnus…!!??
… En fait c’est Richard et Patricia, qui poursuivent le même rêve que nous. Peu avant leur départ, soucieux de trouver un assureur pour leur véhicule tout neuf, nous avaient contactés par courriel pour s’informer sur le sujet. Depuis, nous les savions sur le continent, nous échangions quelques mots de temps à autre et chacun vivait sa vie. Et ce soir, par le plus pur des hasards, on se croise ici, dans ce même petit camping perdu en pleine forêt de Yellowstone. Dés lors, petite bouffe de circonstance à bord, discussions sympa sur le voyage et les projets jusqu’à une heure du mat’. Nous nous retrouverons toujours par hasard dans les parcs nationaux suivants durant une période. Puis, bientôt, nos routes vont se séparer un peu. Nous, voyageurs flâneurs, eux pressés de faire du sud et gagner bientôt le Mexique pour cause de visa et de contrôle de garantie de leur véhicule. Absent des USA, Peugeot, présent au Mexique pourra répondre à leur attente. Plus tard, nous ferons brièvement connaissance d’un camping car belge en route pour le tour du monde.
Le réveil trouble du lendemain n’empêchera pas la poursuite de la découverte du grand canyon de la Yellowstone River. Une petite route existe sur chaque rive, nord ou sud. Quelques sentiers balisés permettent les approches les plus spectaculaires. Déjà, une cataracte démente te met dans l’ambiance, la chute de la tumultueuse rivière encadrée d’immenses falaises aux roches multicolores soulignées d’un soleil sur fond de ciel d’azur, ne peut laisser personne indifférent à tant de beauté. Poursuivant le sentier forestier, le canyon redouble de gigantisme, de sculptures des diables, il se pare d’une arrogance de couleurs que tu n’imagines même pas dans tes rêves. Un promontoire rocheux va permettre une vue d’enfilade inoubliable avec en toile de fond la puissante chute de la Yellowstone River signée d’un ciel pur cobalt. Impossible de rester insensible, en aucun cas tu sors indemne de lieux comme ceux-ci…
… et moi…
… planté là…
… à force d’admiration, un émoi, impossible à contenir, immensément intense va m’inonder insidieusement, des larmes de pur bonheur vont me pleurer sur le visage durant un long instant, souffle court, incapable d’articuler le moindre mot. Plusieurs minutes passeront ainsi avant de quitter cet état second, ce nuage évanescent, cette si légère feuille d’automne qui m’a porté si loin par ce doux zéphyr des Dieux…
Et si j’avais atteins l’inaccessible étoile…?
Françoise me pris dans ses bras, comme deux enfants innocents, rien n’existait plus autour de nous.
Confus, un long moment s’est passé avant de remercier le ciel d’être ici et poursuivre notre chemin.
La cataracte de la Yellowstone River