Bientôt, nous voici face à un grand parking voisin de la caserne des pompiers. On se stationne discrètement. Françoise propose que nous demandions aux pompiers s’il n’y a pas d’objection. Leur avis est mitigé. L’école étant achevée, les jeunes peuvent trainer un peu disent ils, Pas méchants mais plutôt trop curieux, rares sont les véhicules de ce type qui séjournent ici. Quelques graffitis sur un bâtiment à l’écart confirment qu’il n’y a pas que des anges. Sympa, le pompier nous propose d’aller nous installer au camp en bordure de rivière, là justement ou nous avions aperçu les authentiques tipis indiens. Pas certain d’avoir bien compris, on fait répéter, il confirme. L’émotion nous serre un peu la gorge, aller s’installer là bas…
… à priori ridicules, idées reçues, vieux réflexes d’occidentaux soi disant évolués, va savoir…
…Quelques précédents dans le passé nous ont conduits à plusieurs reprises à vivre des moments forts, suite à approches délicates ou improbables. Fort de cela, prenons sur nous et suivons le conseil du pompier. Juste avant la piste d’accès au camp, le bureau de police. Aller dormir là bas… est ce bien raisonnable ??? Stationné, je descends demander l’avis des policiers. Pas le temps, notre pompier nous suivait en pick-up, il nous invite à prendre la piste du camp, nous comprenons vaguement qu’il va téléphoner au chef de bande pour l’aviser de notre arrivée, fait demi tour et disparait. Devant le fait accompli, au pas, on s’engage sur la berge de la rivière, le décor est grandiose, jours après jours, nous ne cessons d’admirer ces superbes cours d’eau gigantesques qui s’écoulent ainsi au beau milieu d’une nature vierge dépourvu de toute intervention humaine, la forêt originelle plonge ainsi des rives depuis des millénaires. Aucun plastiques, déchets, aucun béton, rien de nouveau depuis la création. Cinq à six cent mètres, apparait l’entrée du camp, tout clôturée de bois. Un espace est libre en avant. Toujours hésitant nous ignorons s’il n’est pas malvenu d’entrer et pensons un instant nous garer devant. Personne à l’horizon, nous nous enhardissons et entrons lentement. En fait, Trois ou quatre tipis sont présents ainsi que deux plus grandes installations plus communautaires, au fond un grand et beau chalet se dresse, quelques personnes vaquent. Nous avions appris au fil de nos lectures et infos que face à des communautés autochtones quelle-quelles soient il est de bon ton d’aller saluer et présenter toutes requêtes au chef de clan. Stationnés en retrait, nous nous approchons d’un homme embrumé qui semble ne pas parler notre langue, il nous indique d’aller voir à l’intérieur du chalet. Là un visage Cree pur jus, taillé à la serpe nous écoute étonné, il acquiesce, accepte mais va soumettre toutefois le problème à son épouse. Aucun souci, nous pouvons nous installer où bon nous semble. Comme nous remercions, il nous surprend en nous informant qu’un jeune français campe ici pour ses études. Nous voici donc installé face au confluent des deux plus grandes rivières du coin.


Notre installation à WASWANIPI
A nouveau, le décor est fabuleux relevé par la présence des tipis, déserts aujourd’hui. Ils sont réservés aux locaux de passage lors des rassemblements épisodiques liés à leurs traditions. La semaine précédente, une grande cérémonie familiale eut lieu en l’honneur du petit fils de Georges, chef de bande qui à trois ans se doit de tirer son premier coup de feu et donner ainsi l’illusion d’abattre une outarde (oie Bernache). Une oie tuée sera effectivement traînée par le poulbot jusqu’ à l’intérieur du tipi pour la partager. Il accède ainsi au rang de chasseur, activité première des Cree.
Emplacement choisi, véhicule calé, extension sortie, nous admirons le panorama ainsi offert. Quand quelqu’un frappe…
… C’est Georges, qui vient nous saluer, monte à bord d’emblée pour faire connaissance. Il découvre, s’étonne de notre ordinateur et nous invite au café pour le petit déjeuné du lendemain au chalet. Charlotte fait du bon café insiste t il. On parle de choses et d’autres, puis persiste pour que nous le suivions au chalet pour le café… ??? Il est dix sept dix huit heures, l’idéal pour hypothéquer le sommeil de la nuit. Qu’à cela ne tienne, nous voici dans ce superbe chalet financé par l’état, en partie construit par la communauté utilisé au titre de lieu d’accueil, cuisine commune au service des plus démunis et maison culturelle. Nous y retrouvons Paul ce jeune français étudiant en anthropologie qui nous apprendra énormément sur l’histoire de ces communautés aujourd’hui reconnues et respectées. Georges nous montre et explique photos et vidéo de chasse ou de pêche (appareils numériques, caméscopes, cartes mémoires, rien n’y manque !)Les scènes défilent, on voit ainsi la famille en semi nomade dans les camps de chasse isolés du grand nord. Orignaux, ours, brochets et sandres énormes sont au programme, le castor est aussi très apprécié, les bleuets, variété locale de grosses myrtilles sont cueillis. Il nous apprend que l’hiver dernier, particulièrement rude, des loups se sont approchés du village par la rivière gelée, les hommes ont veillé pour la sécurité des enfants. Le début de soirée passe ainsi, au menu, café et café, pâtisserie et café. Un moment, Françoise me rappelle avoir enfoui au fond de ma poche des ballons à gonfler, les gamins s’illuminent et s’agitent, les parents apprécient le geste. Nous avions embarqué dans les valises une centaine de ces ballons ainsi qu’une cinquantaine de mini tours Eiffel à offrir en pareil circonstances.
A l’extérieur, en sous bois, un feu de camp crépite, à la nuit tombante quelques familles sont là à palabrer, nous les rejoignons et Georges entonne quelques chants anciens imprégnés d’une certaine mélancolie accompagné de sa guitare. La fumée s’élève délicatement, les étoiles veillent, la rivière tient dans ses bras l’éclat d’argent d’une lune qui écoute. Le feu va mourir tard dans la nuit boréale…
… Et si c’était cela que nous sommes venus chercher ???
… Alors merci au peuple Cree.
Mais plus encore, où et combien de communautés entretiennent un mode de vie aussi pur en symbiose avec la planète ? Que ces Messieurs des « Grenelle de l’environnement » écoutent donc avec l’humilité due ces civilisations ô combien avancées aux nôtres.

Nous offrons des ballons aux enfants Guitare et feux de bois
Au petit matin, alors que les premiers rayons dorent et caressent les cimes des épinettes, nous rejoignons le chalet, Charlotte à préparé café bacon et toast. Charlotte réalise aussi avec les peaux tannées des animaux chassés mocassins tenues et vêtements traditionnels de superbe facture. Quelques modèles habillent les murs. Sans stock et peu habituée à avoir des demandes sur place, ses fabrications sont transférées régulièrement aux magasins spécialisés des grandes villes. Dommage, l’occasion était belle d’acquérir un bel objet empreint d’une chaleur humaine peu commune. De superbes peaux de loups, castors et ours noirs tapissent les rondins vernis. Rappelons que la chasse est extrêmement encadrée au Canada, mais ici, les droits ancestraux de chasse demeurent pourvu qu’aucun trafic illicite n’en découle.
Paul est présent, note et étudie, s’intéresse aussi à notre projet, notre style de vie, mais notre route est longue il faut bientôt s’arracher à cette entracte dont le souvenir restera gravé à vie dans nos mémoires.
Satisfait, nous reprenons notre direction nord est. Passé la rivière Chibougamau, un deuxième village autochtone est signalé à petite distance de la nationale. Un simple aller et retour et nous aurons vite compris le peu d’intérêt du lieu. Immense chantier où se construises par centaines ces maisons bientôt destinés à ces familles indigènes. Quelques quartiers sont déjà habités, les édifices publics d’une architecture mi futuriste, mi écolo-intégrée sont soignés l’ensemble est quadrillé à angle droit dans le plus pur « made in USA ». Fuyons, on n’est pas là pour ça ! A retenir tout de même l’idée d’un système ingénieux de chauffage et production d’eau chaude communautaire par combustion de billes de bois.
Vers seize heures nous entrons dans Chibougamau, petite ville à la limite de la taïga, latitude maximum de ce premier périple nord canadien. Personne à l’accueil du camping, nous nous adressons à la mairie qui nous renvoie au centre d’information touristique aux portes closes. Fouinons un peu et nous voici bientôt installés sur le parking de la bibliothèque municipale. Encore ouverte, belle occasion de se connecter sur le net, récupérer du courrier et envoyer quelques courriels urgents. Pendant ce temps, Françoise consulte divers ouvrages sur la faune locale.
Plusieurs jours de vie en autonomie, quelques courses s’avèrent nécessaires et une lessive est à prévoir. Douches sans compter l’eau sont aussi appréciables. Le camping nous apporte ces petits éléments de confort. Il est mieux d’être branché pour notre machine à laver du bord qui assécherait un peu vite la réserve d’eau propre tout en remplissant à la même cadence la réserve d’eau usée. Une placette calibre tente de rando nous est attribuée. Tant bien que mal, nous y glissons Franky, soleil bas en direct sur les trois mètres carrés du pare brise j’en ruisselle encore de sueur, un généreux flux de clim dans la figure et me voici aphone avec une angine en prime. La semaine sera assez pénible. Tisanes, pharmacie, fièvre et nuits grisâtres.
Aujourd’hui, une marque est à virer. En effet, notre route plonge dans le sud vers l’estuaire du ST Laurent. Le concessionnaire qui hivernait notre véhicule devrait avoir reçu les pièces utiles aux réparations prévues suite à la tentative d’effraction avortée sur Franky. La robustesse des ouvertures ayant eu raison de ces malandrins.
Toujours avide de faune et flore, nous choisissons la route 167 qui traverse la réserve faunique d’Ashuapmushuart. Un seul accès et un seul camping rustique sont autorisés. Les gardes du parc veillent, nous indiquent notre emplacement et nous soustraient une poignée de dollars. L’endroit est à notre goût, certes, sous bois dégagé, espace généreux, vue sur le lac et relative sécurité. Les services s’arrêtent là. Nous payons un simple droit de stationnement en pleine nature trente cinq dollars pour la nuit. (23,00 euros)L’importance du véhicule n’y étant pour rien à l’affaire, c’est le coût de la place peu importe que tu t’installes avec une petite tente de rando ou un bus de quinze mètres.
A la réserve faunique d’Ashuapmushuart

Juste au dessus de Franky !
Un petit homme nous observe avec attention durant la manœuvre, il s’approche, nous fait observer qu’avec nos pavillons tricolores nous ne pouvons être que français comme lui. La conversation s’engage, passionné de pêche et bourlingueur, il nous compte ses expériences où plusieurs destinations communes aux nôtres relèvent l’intérêt (Finlande, les Lofoten en Norvège, le Yukon, l’Alaska, Spitsberg et Groenland). Rappelé bientôt par son fils qui entend ne pas rater le « coup du soir », il nous compte avoir pris brochets et sandres par dizaines la semaine passée et propose si cela se renouvelle de nous offrir une prise demain matin, sans garantie toutefois. Nous apprécions le geste mais resterons sur notre faim ! Seule une modeste friture sera à leur menu. Le site étant destiné uniquement à la pêche bien que strictement encadrée, chaque prise doit être enregistrée et leur nombre limité, peu d’autres activités sont possibles. Aucun sentiers de rando et seule une petite balade aux alentours est faisable.

Liliacée boréale Tétras du Canada (femelle)
Un peu avant le lever du jour, un cri d’oiseau juste au dessus nous interpelle. Rauque et puissant, l’animal n’est pas anodin. Je risque un œil et reste penaud, plus rien, feuillus et résineux sont désertés. Il est moins de six heures mais réveillé, comme à l’accoutumé, je me mets au travail et rédige quelques page dans la quiétude de l’aube.
Assez tôt, nous reprenons la route nous menant à Doré petite bourgade nommées dans les guides pour son moulin du XIXème toujours en état de fonctionnement. Bâti sur une rivière à saumon, le moulin anime une scierie. Seuls visiteurs ce jour là, Williams le guide nous fait une démonstration complète activant vannes et machines outils où transite une grume qu’il transforme en madriers, planches et bardeaux de toiture. Williams souligne l’ingéniosité des systèmes de l’époque. Tout étant réalisé en bois. Pour exemple la conduite forcée d’une cinquantaine de mètres issue du barrage est conçue comme un immense tonneau cerclé. Des orifices sont prévus pour évacuer le surcroit de pression lors des variations des ouvertures de vannes. Chaque poulie de bois sur axe métallique est munie d’un coussinet en écorce de bouleau qui serré à la faculté de coller les deux éléments ensembles et transmettre ainsi le mouvement aux multiples courroies en cuir issues des peaux des bêtes chassées dans le secteur. Seul le support des lourdes turbines en fonte est en bois d’ébène importé. Une intéressante démonstration de découpage de tuiles en bois va clore la démonstration. La visite du site se poursuit par une ancienne maison au mobilier et accessoires d’époque ainsi qu’un circuit des installations extérieures. Une tour de guet pour prévenir des risques d’incendies de forêts offre un panorama exceptionnel sur les environs.
Le lac St Jean décrit dans tous les manuels est vite atteint. La physionomie change les belles propriétés inondées de verdure remplacent progressivement la forêt primaire. Les demeures restent dans le style nord canadien sans sophistication inutiles. Pas de clôture comme partout, d’ailleurs, une biche de Virginie nous observe tout en broutant le beau gazon d’un domaine inhabité. Toujours à l’image du pays, les hectares ne se comptent pas, le premier voisin n’est pas en vue. A l’approche du lac, les bâtisses se resserrent, les rives deviennent privées et inaccessibles, on retrouve une urbanisation équilibrée au regard du lieu mais que nous avions oublié bien volontiers dans les territoires du grand nord. En rive sud-est, une petite communauté Amérindienne est signalée c’est donc naturellement vers Mashteuiatsh que Franky se dirige. Ici, pas d’habitat traditionnel, des logements honnêtes pour une tranche de population pas encore très standardisée. Aux façades de multiples signes témoignent d’un farouche attachement à la mémoire indienne.
Pas d’erreur, nous sommes bien en territoire Amérindien
Un superbe bâtiment contemporain abrite le musée Amérindien fort intéressant. De nombreux objets d’époque sont présentés, leurs fabrications avec les seules matières disponibles, (peaux, os, bois, racines, écorces, pierres etc.…) sont parfaitement représentées ainsi que l’activité journalière. Situé dans une rue secondaire, nous avançons au pas, je marque l’arrêt à l’entrée du parking pour laissé le passage à un cycliste hésitant qui s’écroule littéralement contre nous. Autochtone ivre, il s’est légèrement blessé, son genou saigne modérément il me regarde hébété, Françoise lui propose un pansement et du désinfectant mais il repart à pied en titubant jusqu’à une entrée d’immeuble. Prudemment, nous allons nous stationner à distance pour visiter le musée. Passé la visite, l’endroit nous paraît opportun pour la nuit, mais à courte distance, notre indien cycliste est vautré dans le gazon entouré de ses acolytes occupés à picoler sans réserve. Passons notre chemin.
Plusieurs jours sans campings, anniversaire de mon équipière et fête des pères, que voici de bonnes raisons pour s’offrir un bel objet artisanal en souvenir de ces régions. Ici, pas de « made in China », pas de pacotille synthétique aligné au kilomètre chez les « marchands du temple » que de l’artisanat local. Les prix sont évidement en rapport avec la minutie du travail. Il faut savoir ce que l’on veut… Une petite réplique de canoë en écorce de bouleau cousu de racines séchées va prendre place dans le salon de Franky.

Réplique de canoë amérindien en écorce de bouleau
Quittant alors les lieux, nous remarquons qu’une activité inhabituelle règne au parc municipal. Une scène est dressée, des cahutes sont présentes…
… Stop…
…Faut voir…
…Madame le gouverneur du Québec en limousine noire est arrivée pour la fête Amérindienne. Nous voici à déambuler parmi autorités, locaux et autochtones en tenue de fête. A nouveau, plusieurs démonstrations d’artisanat ancien sont faites manière de transmettre aux jeunes générations ce savoir ancestral. Une tente présente notamment le boucanage d’une peau d’orignal par un fumage au feu de sciure d’érable. Une femme organisatrice de l’événement présente des petites pièces d’écorce de bouleau finement ciselés avec les dents…
… Oui, j’ai bien dit avec les dents, nous en restons pantois !

Plusieurs jolis costumes à la fête Amérindienne
Sculpteurs sur os, bois de cervidés ou cornes de bisons palabrent dans une ambiance bon enfant. A l’écart, un immense feu de camp tout en longueur entretient ses braises avec, suspendu à rôtir, outardes, canards, castors et viande d’orignal. Sur le gril voisin d’énormes dorés (appellation locale du sandre) cuisent aussi sur la braise. Sur une grande table, les femmes ont débuté la découpe des premiers morceaux cuits. L’une d’elle, sans âge, s’acharne à dépecer un castor. A s’entretenir avec un local, il nous explique quelques bribes de leur tradition, nous indique qu’un repas va être servi à l’assemblée moyennant une modeste obole, juste pour couvrir les frais engagés. Aucun bénéfice ne doit ressortir car les produits sont issus de leur chasse et pêche sans contrôles sanitaires évidement. Le gouvernement tolère mais encadre sérieusement ces actions dans les réserves qui bénéficient de statut spécifiques. Bientôt prêts à nous mettre à table, d’un naturel prudent et inquiet pour deux, mon équipière décline l’idée me rappelant ces olibrius boit sans soif qui risquent de traîner dans les parages durant la nuit. Il est donc décidé de ne pas s’attarder. Dommage, ces odeurs de fumet m’ont excité les papilles au plus haut niveau. Oie, canard, orignal et castor au feu de bois, n’était ce pas l’occasion d’une expérience unique …?
…Qu’à cela ne tienne, poursuivons notre route.

Au menu : outardes, canards, caribous, orignaux, castors et dorés
Un courriel de Charles nous avise que les pièces nécessaires aux réparations de vandalisme sur Franky durant l’hiver sont disponibles. Contents de cette nouvelle, nous nous redirigeons sur Montréal. La route va suivre la superbe rivière Mauricie et traverser le parc national du même nom. Il va sans dire qu’il nous faut voir qu’est-il possible de faire dans cette région de moyennes montagnes. Le Guide du Routard prétend qu’un guide naturaliste du coin peut accompagner des amateurs dans une vallée forestière reculée fréquentée régulièrement à cette saison par des ours noirs. Un bureau d’information touristique confirme et nous donne les coordonnées. Il est donc exclu pour nous de rater telle opportunité. Il me revient à l’esprit cette tentative dans les années 2003-2004 où en Ukraine nous traversions les Carpates du nord, pareil projet était possible. L’organisation ukrainienne étant sans rapport avec ici, par deux fois nous avions trouvé porte close chez les guides indiqués.
Aujourd’hui, si les Dieux étaient avec nous ?
Francis notre guide confirme la possibilité, nous explique, fixe le rendez vous vers 19 heures 30 et donne les consignes de rigueur. A l’heure dite, on embarque dans le pick-up, toujours aphone avec quelques reliquats fiévreux, j’ai droit à une place dans la cabine et Françoise dans la benne cheveux au vent ! A vitesse réduite, le 4x4 s’engage dans une piste forestière, stoppe dans une clairière herbeuse sous le vent de la vallée afin de n’être pas repéré par les ours qui ont un odorat très développé. Dés lors, Francis nous invite à ne pas claquer les portes, nous exprimer à voix basse, et rester groupés. La tension monte d’un cran lorsqu’en chemin, Francis nous montre un excrément relativement frais. A courte distance, parmi bosquets et feuillus, une cache sommairement grillagée est aménagée. Elle surplombe un ravin boisé au sol couvert de fougères.
D’un coup, notre respiration s’arrête net, silence absolu de rigueur, le cœur s’emballe…
… Trois, là à vingt mètres…
...Quelle émotion, visiblement peu inquiets de notre présence comme toute la faune du Canada d’ailleurs, ils vont et viennent, vaquent et observent furtivement les lieux. Durant presqu’une heure, nous aurons tout à loisir de faire photos et vidéos. Un peu difficile néanmoins la cache étant par définition bien camouflée dans les feuillages, l’objectif doit se faufiler au travers et les mises au point assez délicates. Un vieux gros mâle domine la troupe, Francis le connait et nous en parle avec passion

Garde ton sourire, Bonjour l'adrénaline...
tu va rire jaune bientôt ! Lentement, un congénère remonte le ravin à travers les fougères, en une poignée de secondes nos sourires jaunissent, se figent instantanément, la gorge se serre, souffle retenu, il vient droit vers nous, zigzague un peu, s’approche… …Reste t il dix mètres encore… ???
…L’heure n’est plus aux photos…
... Le guide rassure, calme le jeu bien qu’à ce niveau, qui joue ? L’animal fouille une souche, oblique et passe à gauche.
Quelles belles images que celles-ci.
Il monte notre ravin, s'approche puis va obliquer à gauche... Ouf
Heureux d’un tel spectacle, calme et sérénité de retour, Il nous demeure la certitude qu’il à contourné la cache. Faudra bien en sortir à un moment. Faisons confiance, et jouissons du présent. D’un sentier éloigné et abrupt, un autre imposant spécimen se présente, le dos griffé le poil ébouriffé, Francis le connait aussi pour son caractère pas facile pour ne pas dire son agressivité. Il restera calme aujourd’hui mais le vieux mâle du début disparaît. Encore quelques minutes d’observation puis Francis juge opportun de quitter la cache. A nouveau l’adrénaline s’emballe, il entrouvre la porte, inspecte, rappelle les consignes et…
…En avant, faut y aller…
…Bien groupés toujours un œil en arrière…
…La certitude qu’ils sont là, juste derrière toi à cent mètres te glace un moment et là, t’a pas envie de pipi ni d’aller aux fraises des bois !
Surtout ne pas courir, mais tu ne traines pas pour autant et si tu pouvais, tu le ferais volontiers en marche arrière avec les yeux rivés vers la zone concernée
De retour à son bureau, Francis nous parle avec passion de son métier, prétend que l’ours noir est moins dangereux que ses confrères les grizzlis du Yukon et d’Alaska. Il va mettre tout de même un sérieux bémol en présentant la liste et les circonstances de la dizaine de victimes de ces dernières années dans le Québec. Parmi elles, un pêcheur solitaire, un chasseur à l’arc…
…Eh oui, ça existe ici, des allumés qui chassent l’ours à l’arc ! C’est pur et loyal mais ce jour là, l’ours à gagné.
Moins original mais tout aussi dramatique, cette athlète championne olympique originaire du Yukon qui, pour s’entrainer à la course avait quitté sa région rapport aux grizzlis omniprésents. Elle était venue au Québec pour parfaire son entrainement dans les sentiers et pistes de Mauricie. La fâcheuse rencontre dût mal se passer, vie et carrière se sont éteintes sous les étoiles de ce monde là.
Nous remercions Francis de ne pas nous avoir montré cela avant mais prenons acte.
De retour au petit camping voisin, nous nous délectons des photos et vidéos réalisées malgré un déchet important dû aux obstructions multiples camouflant la cache.
Il est temps de faire route sur Montréal, à ranger tout, rétracter les jacks et l’extension, sauf que là, la belle mécanique s’enraye…
…La pression sur l’interrupteur ne déclenche qu’une alarme… alarmante !
Nous voici immobilisé, extension sortie, impossible de quitter les lieux. Je passerai l’après midi sous le châssis à étudier le système hydraulique vérifier tout ce qu’il m’est possible sans pour autant trouver la clé du mystère. Convaincu qu’il s’agit d’une broutille de mauvaise augure, il me revient à l’esprit ce petit diable noir à la queue fourchue qui s’invitait clandestinement aux quatre coins de Méditerranée à bord de KYF les soirs de ciel obscur. Dés lors, notices, documents et caisse d’outils sont de rigueur.
Objectif : Rentrer coûte que coûte l’extension et pouvoir rouler jusqu’au concessionnaire de Montréal.
L’ensemble du système semble en parfait état, il est donc décidé de déposer les deux gros vérins bloqués sans pour autant les déconnecter du circuit hydraulique. Ensuite les fixer solidement avec les moyens du bord au châssis pour enfin espérer rentrer l’extension à la main. Dés lors, avec cordages, sangles et cales en bois, assurer l’ensemble pour éviter sa sortie inopinée dans le premier virage à droite !
Finalement, tout ce passera bien et confirmation sera apporté qu’une simple connexion électrique défaillante en est responsable. Contrarié certes par une telle banalité non décelé, mais rassuré du bon état général de l’ensemble.
Vu d'ici, c'est beau, lancé à plus de cent dans le rétro, ça impressionne !
Il est temps maintenant de refaire route vers la ville de Québec puis la Gaspésie, région côtière Atlantique s’étendant des rives sud de l’estuaire du St Laurent à la frontière du Nouveau Brunswick et des Etats Unis.
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