
MARS /AVRIL 2011 , AMERIQUE DU NORD. Petite escapade en Basse Californie mexicaine.
Après une interminable présence en France, une brève escale neigeuse à Montréal, saluer nos amis Charles et Suzanne anciens propriétaires de Franky, nous touchons le sol de Vancouver le 11 mars en soirée, heure locale. Neuf heures de décalage horaire, pas facile de gérer les imprévus au sortir de l’aéroport. Une navette gratuite était comme à l’accoutumé prévue pour rejoindre l’hôtel. Que de nenni, toutes les navettes se succèdent sauf la nôtre. Las, je tente un appel téléphonique en mauvais anglais. Mon interlocuteur, suite à la réservation me reconnait, il m’indique semble t il que son épouse vient nous chercher en 10 minutes de voiture. Mal compris, le lieu de rendez vous reste flou dans ma compréhension. Trente minutes plus tard, pluie battante, les yeux embrumés comme il n’est pas permis, je rappelle mon homme. Une jeune femme m’est passée. Parlant bien français, un nouveau rendez vous est assuré dix minutes plus tard avec Philippe et Sabrina responsables de l’hôtel. Philippe, personnage haut en couleur, bafouillant deux mots de français et un demi d’espagnol s’engage dans une conversation hasardeuse, riche en multiples gestes assortis de lâchers de volant, le tout attisé vraisemblablement par quelques verres. Ambiance décontracte, certes, un peu anxieux lorsque la route paraît insuffisamment large à notre chauffeur. Contents d’arriver à bon port, l’hôtel ressemble davantage à la « cabane au Canada » année soixante qu’au « Hilton Airport ». Il me revient à l’esprit la mention « chambre d’hôte » lors de la réservation sur internet. Ceci expliquera un peu cela. Nuit noire, l’environnement nous échappe. Dans l’entrée, Sabrina n’a pas dû avoir le temps de ranger le foutoir avant notre arrivée. Passé 72 heures de voyage, TGV, trois aéroports et deux vols successifs, Françoise voit gris foncé ! Salle de bain et chambre modeste nous sont présentées. La propreté indiscutable nous réconforte. Philippe nous fait visiter rapidement la maison, il regrettera que nous refusions un verre de vin rouge ! Avec seulement cinq ou six heures de sommeil à Montréal depuis le départ, il nous tarde plutôt de nous coucher bientôt.
Nuit décalée paisible. P’tit déj à neuf heures au lieu de huit comme convenu. Durant notre attente nous explorons la cuisine et grignotons quelques biscuits découverts dans la cambuse. Philippe, coiffé pétard, pieds nus déboule sourire aux lèvres et bonne humeur en bandoulière, il nous prépare vite fait œufs bacon, café, cheddar, toasts, confiture miel et ketchup à volonté. Un couple d’asiatique partage l’événement. Sabrina, profil plutôt concierge d’immeuble de bas quartier que Carla Bruni n’a pas lâché son vieil anorak rouge et bleu de la veille. Multi-usage, elle a dû dormir avec ! Très en retard, elle disparaît rapidement.
Aidés dans la conversation par une jeune étudiante francophone d’origine québeco-marocaine, une humeur de franche camaraderie règne dans la cuisine. Nous interpellons Philippe pour nous appeler un taxi. Spontanément, il nous propose de nous conduire à Surrey où Franky est gardienné. Il prétextera qu’un taxi demande soixante dix à cent dollars (ce fut vrai pour nous l’an dernier) alors que lui nous mène pour seulement vingt dollars. Il nous assorti sa proposition de la faculté de payer la chambre en cash hors taxes. L’ayant observé de son levé jusqu’au départ, Philippe n’eut pas encore eut trop d’occasion de trinquer son breuvage favori ; dés lors, nous acceptons l’offre. Chez Karsten Roh, nous retrouvons avec plaisir et soulagement un Franky tout propre, lavé, polishé, batteries rechargées et pression des pneus vérifiée.
Toujours sous la pluie battante, nous passerons deux nuits au camping « RV Border » à nous reposer et nous préparer. Nous saluerons Hélène et René, sympathique couple québécois rencontré déjà ici il y a deux ans dans une immense caravane semi remorque. Salariée à la compagnie des trains du Pacific, elle attend la retraite pour enfin parcourir les grands espaces du continent. A quarante cinq dollars la nuit, le camping à beau afficher services, prestations et propreté irréprochables, tu trouves vite le temps long. Mitoyen avec le poste frontière, deux cent mètres à parcourir, nous stoppons au Duty-Free afin d’y échanger nos derniers dollars canadiens contre quelques modestes gâteries et une demi bouteille de Grand Marnier hors taxe. Et oui, il y aura bien quelques soirées crêpes sur la route !
Dés lors, tous documents préparés, au pas, nous nous présentons au rituel poste de douane. A noter, un douanier, c’est par nature toujours suspicieux et sévère. Couple français, bon enfant en goguette ou pas, il est illusoire d’espérer décrocher un soupçon de sourire à la lucarne de la guérite. Il me faut néanmoins lui faire comprendre que, au regard de notre visa longue durée, nous sommes en droit d’exiger six mois de présence sur le sol américain au lieu des trois couramment admis. Message passé, nous sommes invités à nous présenter au bureau d’immigration voisin. On nous indique un stationnement puis, un homme, casquette américaine sur le nez nous kidnappe littéralement les clés du véhicule. Tu sens bien que tu n’a rien à dire, sous la contrainte…
… tu fais confiance.
A l’intérieur, une trentaine de personnes patientent déjà. Nous avons tout le temps d’observer cet immense local de verre et d’acier. Sa hauteur démesurée ne laisse aucune équivoque quant au gaspillage énergétique du lieu sous cette latitude. Un long kiosque pourvu d’une quinzaine d’écrans est réservé à l’audition des candidats. Une seule préposée, la tête dans son clavier travaille sur ses fiches, nullement concernée par les personnes présentes. De temps à autres, un douanier va ouvrir un pupitre, vérifier un truc et disparaît. Notre homme à la casquette basse circule en arrière, sensé avoir nos clés, nous ne le quittons pas des yeux. Pour l’heure, aucune personne ne semble prise en charge, la file d’attente s’amplifie. Un long moment passe, un couple est invité à se présenter, l’espoir naît. L’interlocuteur de ses gens les invite à s’assoir sur un banc d’attente puis disparaît désespérément. Durant trois heures interminables il en sera ainsi. A notre tour enfin, notre préposé, contrarié par le fait que nous ne parlons pas sa langue nous transmet au bureau suivant. Moustache soignée, visage taillé à la serpe, mais d’allure plus sympa, il essaye de comprendre notre requête. Epluche passeport, visas, papiers véhicule, pas de soucis, on progresse…
…Sauf que, passé un moment, il nous invite à reprendre la queue du groupe d’attente. En consolation, il nous propose des places assises. Dépités, après plusieurs heures de patience, nous avons le sentiment d’un retour à la case départ. Les multiples pupitres sont toujours plus ou moins inactifs, la jeune préposée est toujours la tête dans ses fiches et nombres d’uniformes circulent, discutent et vaquent plus ou moins.
Plutôt moins nous semble t il !
Soudain, l’homme à la casquette basse nous reconnait, nous fait dépasser la fille et attendre en première place. L’espoir renaît. Sur le parking, nous apercevons deux douaniers qui s’affairent à fouiller notre véhicule sans trop s’attarder. Pas de problème, on s’occupe de nous donc on progresse. Fort peu de candidats seront appelés aux pupitres quand vient notre tour. Femme entre deux âges aux lèvres rouge griotte, presque souriante, elle est en possession de notre dossier. Françoise et moi s’appliquons à essayer de comprendre ses questions et ne pas répondre « hors sujet » ! Pas facile c’est vrai pour elle de comprendre clairement que nous venons de France, avec une escale à Montréal (c’est inscrit sur le passeport) pour saluer des amis, que nous avons un motor-home canadien gardienné à Vancouver, que nous sommes sans billet de retour, puisque nous ne savons pas au juste où nous allons vraiment et quand nous rentrerons. Précision faite que le Mexique est à l’ordre du jour. Qui plus est, au regard du passeport, notre autorisation de six mois en Alaska de 2010 étant échue de peu, elle a pensé un moment que nous descendions de la haut ! Néanmoins, pour démêler l’écheveau, elle va passer de bureaux en pupitres pour trouver un interprète. C’est par téléphone que finalement le dialogue va s’établir enfin. Une dame québécoise dialogue au bout du fil, puis s’adressant spontanément à Françoise, la préposée lui passe l’appareil…
… ?...
… Aussi émue qu’étonnée, après un instinct de recul, pourquoi moi et pas lui, se dit elle…
… Non, non, pas lui !...
… L’équipière sent bien que notre avenir est entre ses mains. Au bout du fil la courtoise québécoise explique avoir quelques questions à poser. Polie, avec son sérieux des grands jours, Françoise répond. Dés lors, tout s’éclaire et notre sésame nous est enfin accordé dans la seconde. Au parking, nous récupèrerons le véhicule avec, négligemment posées, nos clés sur la porte ! Nous trouvons le procédé un peu désinvolte.
Soulagés, il nous tarde de faire route au sud et trouver un temps plus clément, il pleut jour et nuit quasiment depuis Paris.
Seattle, première grande ville de l’état de Washington nous livre une circulation d’enfer malgré moult autoroutes et autoponts en spirales futuristes. Sans intérêt majeur, nous roulons chaque jour à progresser vers le sud. L’océan Pacific est rejoint par la superbe route 101 en Oregon. Océan que nous ne trouvons pas bien pacifique, météo exécrable et rouleaux monstrueux se fracassent sur le rivage. Dommage. Forêts pluviales quasi vierges, côte rocheuse, falaises vertigineuses, agrémentent la conduite de panoramas fabuleux. Plusieurs estuaires sont franchis par des ponts gigantesques à l’architecture rappelant un peu les principes de notre ingénieur national Eiffel.
Franchissement de plusieurs estuaires
Au regard du temps passé à la douane, il est convenu de ne s’arrêter qu’après 18h30 / 19h. Mauvais plan, perdu un peu l’habitude, trouver un bivouac à notre idée à la nuit tombante sous la pluie battante, pas toujours évident. Un grand parking de casino est visé, les camping-cars sont habituellement bien venus dans ces établissements, refusés illico, nous cherchons mieux dans les quartiers de la ville. Un espace libre dans une rue discrète me convient. Œil gris des mauvais jours, l’équipière n’apprécie pas particulièrement ce quartier peuplé d’indiens autochtones. Reprendre la route ce soir toujours sous la pluie ne m’emballe pas vraiment. En sortie de ville, un centre commercial aussi démesuré qu’élégant offre quelques hectares de parking. Visiblement des commerces haut de gamme. Qu’à cela ne tienne, nous n’irons pas plus loin ce soir et nous nous installons le plus discret possible dans un des angles le plus éloigné des entrées des boutiques encore ouvertes. Par discrétion, nous nous abstiendrons de sortir jacks et extension. Bien nous en pris, car à plusieurs reprises une petite auto genre Fiat Punto portant gyrophare et mention « Security » sillonne les lieux. Rideaux baissés, aucun signe ostentatoire de vie à bord. A la fin du repas, la petite Fiat s’approche…
…et passe. A priori, il ne semble ne pas y avoir d’objections à ce que nous stationnions ici pour la nuit. Nous nous coucherons avec tout de même l’idée du risque d’être invités à quitter les lieux d’ici peu. Aux Etats Unis, il est peu banal aux motor-homes de dormir en ville ou en campagne autrement que dans un des innombrables campings disponibles. De vingt cinq à quatre vingt dollars la nuit, lorsque tu vis à l’année dans ton véhicule, la caisse du bord n’apprécie pas ce régime. Nous observerons que malgré la norme, nous sommes loin d’être les seuls. Au final, la petite Fiat ira dormir à l’extinction des enseignes.
C’est une giboulée de grêle qui nous accueille au pti-déj. Sans tarder, nous poursuivons la descente de l’Oregon impatients de gagner la Californie réputée pour son climat plus clément. Plusieurs estuaires sont orientés ostréiculture et pêche aux crabes. A marée basse, nous aimons ces étendues de vasières peuplées d’infinies variétés d’échassiers ou oiseaux de mer à la recherche de leur pitance sur l’estran. Nous ne résistons pas sur un petit port de pêche à l’achat d’un beau crabe tout frais pêché, cuit sur le quai. Ici le crabe est roi, plusieurs sculptures monumentales prônent dans la ville et rappellent l’activité essentielle de la région.
Bienvenue à bord Sculpture monumentale sur le quai
Plus tard, le relief nous conduit au cœur de la forêt, trombes d’eau alternent avec de furtifs éclairs de soleil mouillé. Pas étonnant d’observer nombre d’arbres aux ramures emmitouflées d’incroyables épaisseurs de mousse assorties d’aussi abondantes quantités de barbes de lichens.
Temps de cochons jours après jours ! Témoins de l’humidité ambiante
Confirmation nous est donnée qu’ici, c’est bien le climat maritime humide qui prédomine. Les immenses dépressions issues du Pacific, barrées par la cordillère des Rocheuses se déchirent sur le pays, les précipitations en deviennent démesurées. Au plus profond du sous bois détrempé, apparaissent, de temps à autres, de lumineuses touches d’un fluo jaune ardent tapies dans les mares et ruisselets. Un arrêt d’observation s’impose. Nous découvrons ainsi une prolifération de magnifiques arums sauvages de belles tailles en pleine explosion florale. L’approche n’est pas aisée dans le sous bois inondé couvert d’une épaisseur de mousse invraisemblable. Plus tard, dans le même registre, ce seront de superbes jonquilles qui égaient les talus. Ceci ne manque pas de nous rappeler nos montagnes géromoises vosgiennes.
Arums sauvages et jonquilles en bordure de route (3)
Hors forêt, en prairies, il nous est donné d’observer aussi à cette saison des milliers d’oies blanches en cours de migration. Belle variante avec les sempiternelles outardes ou bernaches qui font partie de notre quotidien depuis nos premiers pas en Amérique du nord en 2009. Belle image aussi au sortir d’un estuaire, d’une colonie de lions de mer (race de phoques) qui se prélassent dans l’attente de la marée.
Lions de mer dans l’estuaire
Passé quelques jours, après mille ou douze cent kilomètres vers le sud, il nous tarde de quitter la pluie permanente. Une escale de mi journée nous conduit dans un décor changeant de dunes littorales. Zone dite « state park » protégée et entretenue, tu dois t’acquitter d’un droit d’entrée de cinq dollars. S’il est vrai qu’une route est tracée agrémentées de parkings et de tables de pick nic, payer encore pour le repas de midi nous contrarie un peu. En voulant pour nos sous, une ballade de santé nous conduit à travers maigre maquis, bois flottés et quasiment tempête de sable aux abords du rivage. Furtivement, seules quelques photos sont prises par crainte d’endommager le matériel par le sable qui s’infiltre partout. Je regrette devoir quitter le lieu, personne sur l’horizon lointain, seuls au monde, j’apprécie ses immensités désertes parsemées de bois flottés quelques fois issus d’épaves diverses. Elles me transportent dans un irréel de poésie et de rêve du graal à portée d’imaginaire.
Accalmie d’un instant vécu, la pluie nous invite à reprendre la route du sud.
Décor dunaire au « state park » (3)
L’Oregon s’achève…
…Bienvenue en Californie nous est souhaitée. Seulement, route barrée, nous sommes déviés via une sorte de sas de poste frontière avec stop obligatoire…
… ?...
…Souriante, d’élégante présentation, presque chic si ce n’était son blouson fluo de sécurité, la femme m’adresse une belle phrase en anglais tout d’un seul mot. Il va sans dire que je ne comprends absolument rien à son discourt. Sans succès durant quelques instants, je finis par comprendre vaguement, réponds d’où nous venons puis à nouveau l’incompréhension. Pas seuls dans ce cas semble t il, la belle sort de sa guérite un cahier d’images dédié à sa mission. Elle souhaite savoir si nous transportons certains fruits et légumes bien précis et d’où proviennent ils ? Au fil des pages apparaissent citrons verts, pamplemousses, radis, goyaves, oranges, ail et que sais je encore. Ne pouvant honnêtement et par cohérence répondre par la négative à chaque articles, je confirme avoir quelques oranges et pamplemousses. Dés lors, l’élégante demande à voir, je l’invite à monter à bord et Françoise présente un pamplemousse et deux oranges se gardant bien de tout sortir, le risque de « kidnapping » étant imminent. Préoccupée, notre préposée tente de nous expliquer son problème. Durant dix minutes, impossible de savoir où elle veut en venir.
Nous tentons de lui remettre les fruits…
…mais non, ce n’est pas vraiment ça…
…pour autant, on y est presque…
… Bref instant de réflexion…
…et si…
… oui, si elle voulait qu’on les épluche ???
…ouai, gagné !!! Et nous voici à éplucher nos oranges et pamplemousses et lui remettre soigneusement l’intégralité des épluchures. Satisfaite, nous reprenons la route sourire aux lèvres. Le sérieux de l’opération nous paraît plutôt anecdotique, ces fruits achetés en Oregon, donc aux Etats Unis, présentent ils un risque quelconque pour la Californie ? Cet état ne se la « jouerait il pas » un peu ?
A noter, sur les images présentées apparaissaient également des fleurs en pots. Comme à l’accoutumé, au début du périple, passé la frontière, l’équipière avait pris soins de garnir la petite jardinière du bord d’un plant d’orchidée et d’un kalankoé. Coup de chance, seules les primevères de jardin auraient contrarié notre fonctionnaire. La jardinière est sauve !
Ciel bas, pluie intermittente, nous admettrons que le climat se fout des frontières des hommes et que la douceur de la Californie ne débute pas au poste de la belle dame. Mais nous y sommes, cela ne saurait donc tarder. Pour l’heure, notre route nous amène en moyenne montagne littorale. Sol spongieux, à nouveau arbres emmaillotés de mousse opulente et de lichens démesurés, nous voici dans un tel sous bois que faute de lumière du jour, la sensation de nuit tombée prédomine. Feux de croisement mouillés et éblouissement des véhicules d’en face nous font réduire notre vitesse à trente à l’heure. La route très étroite s’insinue entre dans une forêt de superbes séquoias géants. Les fûts de ces dinosaures d’un autre âge frôlent la carrosserie. Ces arbres souvent millénaires aux flèches lancées à parfois prés de cent mètres vers le ciel imposent respect et humilité. Classés monuments historiques, il va sans dire qu’il est exclu d’abattre de tels phénomènes hors normes aux seuls fins d’élargir une route.
A nouveau, il est difficile de trouver un stationnement satisfaisant pour la nuit qui s’avance. Enfin, nous quittons la forêt dense, un bourg de moyenne importance, d’emblée, un beau parking de ce qui semble être un modeste casino bordé de vergers et prairie...
…Stop, ce sera notre escale ce soir.
Calme, le parking est quasiment vide. On s’installe derrière la bâtisse style « chalet rondins ». A pied, nous faisons le tour du propriétaire, rien à signaler, l’endroit nous convient. A noter que la porte d’entrée entièrement opaque en bois massif fait plutôt club privé. Il pleut, il fait froid, repas et soirée télé DVD. L’œil de l’équipière décèle quelques mouvements de voitures proches de Franky. Une lucarne du bâtiment laisse apparaître de vagues spasmes de lumières tamisées multicolores assortis de quelques notes de musique douce. Plusieurs pick up se garent à nos cotés. Quelques timides plafonniers ne laissent pas d’équivoque au coté câlin des occupants. Françoise propose de s’écarter un peu. A demi endormi, je rechigne, mais, observant la neige à gros flocons, il est prudent d’aller se garer au fond du parking, là où aucun véhicule n’est sensé circuler. Au final, la nuit se passera très bien au coté de ce que l’équipière considère à tord ou à raison comme un club de rencontre !
Chaude soirée pour certains mais froid réveil pour nous, la neige abonde, les reliefs sont blancs, elle commence à tenir sur la chaussée et les chasses neige défilent. Indécis, nous prenons prudemment la route enneigée. Persuadés de ne pas insister si cela perdure. Perdant rapidement de l’altitude, les choses s’arrangent rapidement. La route littorale s’agrippe à la falaise. Un panorama est indiqué, petit arrêt grand spectacle. Le Pacifique toujours en folie furieuse franchit ilots rocheux et récifs pour s’abattre à nos pieds.
Mon attention est retenue à distance, je m’interroge ...
… Aux jumelles, aucun doute, ce sont bien les premières maisons en front de mer qui, falaise de teuf ravinée, s’effondrent inéluctablement dans l’océan en furie. L’une à complètement disparu, ses trois ou quatre voisines ont perdu moitié de leur bâti, les dernières s’accrochent. Bien triste spectacle que celui là.
Rivages de l’Océan Pacific L’Océan aura le dernier mot
Une semaine de route ininterrompue sous la pluie, il est temps de poser un peu ses bottes. Bodega-Bay, large crique protégée du large, petit camping propret, connexion Wi fi performante, deux jours de pose sont bienvenues. Lessive, entretien du véhicule, quelques affaires à suivre par le Net, pas le temps de farnienter. Une éclaircie nous est accordée pour une belle balade à pieds à longer la lagune. Un modeste port abri protège quelques mélancoliques vieux rafiots, Une langue de vase est envahie de plusieurs bancs de centaines d’oiseaux de mer au plumage doré. Peu farouches, nous les observons un moment. Plus loin, un port de pêche actif est endormi ce week-end. Il semble qu’ici encore ce soit crabes, huitres et moules qui prédominent. Des moules géantes, prés de vingt centimètres, existent ici. Passé la digue, la marée basse autorise l’approche de quelques pêcheurs bottés et encapuchonnés. On dirait la Bretagne au nord de San Francisco !
Colonie de barges marbrées Les moules géantes de Bodega Bay
Quarante huit heures sans bouger, c’est assez. Apparaît sur guides et cartes une proéminence dans le ruban côtier. La pointe Reyes, zone protégée, s’avance en mer. Vaste étendue de lande sauvage, une pointe rocheuse élevée à l’extrémité, c’est un site d’observation du passage des baleines grises qui descendent d’Alaska pour rejoindre les eaux chaudes de la basse Californie au Mexique. La météo du jour, pas vraiment favorable ne nous permettra pas ce spectacle. Le ranger, gardien du site précise qu’hier, huit cétacés ont été observés. Dommage pour nous, qui sait, nous les rejoindrons peut être dans leur eaux d’été en mer de Cortés. Sur le retour, une troupe de biches de Virginie traverse la chaussée sans s’inquiéter de notre présence.
A la pointe Reyes Arums sauvages
Ne souhaitant pas entrer dans San Francisco trop en soirée, un bivouac sympa est découvert dans un petit quartier de belles maisons bâties sur un cordon de terre basse entre océan et lagune. Un petit parking ne présentant aucune interdiction est bienvenu. Quelques mots sont échangés avec un riverain qui nous conforte dans notre choix. Précisant tout de même d’éviter trop de lumière le soir venu. On ne comprend évidement pas très bien pourquoi. Un lotissement gardé et luxueux à l’extrémité de la rue pourrait peut être ne pas apprécier notre présence et avertir les autorités. Confiant dans l’absence d’interdiction de stationnement notamment nocturne, nous passons une bonne nuit avant de plonger dans la mythique San Francisco. Toutefois, soleil bas, et environnement plaisant nous invitent à une balade à pieds. Vielles baraques alternent avec maisons d’architecture chic pieds dans l’eau. Nous verrons aussi que, la plage se réduisant au fil du temps, certains propriétaires se sont trouvés dans l’obligation de réaliser de massives digues autour de leurs propriétés. Vues de la mer, on assimile ces murailles de béton à de véritables bunkers. Malgré cela, l’une d’elle se trouve ravinée et chaque grande marée vient là aussi amorcer sa destruction inéluctable. Pour info, vide, un panneau indique qu’elle est à louer, avis aux amateurs ! D’autres, comprenant qu’on n’arrête pas la mer, ont décidé de construire sur pilotis. Pas du plus heureux effet pour certains ; énormes poutres métalliques déjà attaquées par la rouille faute d’un traitement et d’un entretien efficace ou plus catégorique pour cette maison perchée sur des piliers de béton de quinze mètre de haut. D’une laideur extrême vue bord, je ne parle pas du voisin de derrière !
Triste spectacle sur la plage
Au petit matin, une route littorale escarpée et sinueuse nous mène au fameux « Bridge Golden Gate » emblématique pont suspendu au dessus de l’entrée de la baie de San Francisco. Pour la seconde fois, non sans émotion, Franky franchit le légendaire ouvrage. De mémoire, nous retrouvons notre stationnement tranquille de 2009 à deux cent mètres du pont. On s’enquière des bus disponibles pour une escapade dans la ville. Le « Fisherman Wharf », incontournable ancien quartier des chalutiers, rénové avec goût mais resté typique à souhait reste le but essentiel de la journée. Les bateaux anciens à flot du musée maritime est interressant. Un superbe trois mats, cap-hornier, se dresse fièrement au milieu de navires à roue à aubes de la grande époque.
Le cable-car de San Francisco Ancien cap hornier au musée maritime
Photo souvenir devant le Golden Gate Bridge de San Francisco
Longeant quais et anciens docks rénovés, on s’installe à la table d’un resto équipé d’un fournil produisant de délicieux pains français. La spécialité semble être la boule de pain d’un kilo, évidée, garnie d’une sorte de potage crémeux au poisson. Peu flatteur en fait, je suis presque tenté mais, ma compagne, écœurée rien qu’à la vue, m’en dissuade. Notre choix se porte sur de succulents sandwichs au crabe assortis d’une salade composée, curieuse mais fort agréable.
J’avais lu quelque part qu’une colonie d’otaries fréquentait en toute quiétude le port de San Francisco. Renseignements pris, c’est au quai 39 qu’il est possible de les observer.
Bonne pioche !
Sur quelques vieux pontons de bois abandonnés, c’est une trentaines de ces mammifères marins qui s’agitent dans un joyeux délire. Aboiements, câlins et combats se succèdent sous les yeux des passants.
Les otaries prés du Fischermans Wharf
Soucieux du retour par deux bus successifs, le 30 puis le 28, mais attention, il y a deux 28, un bon et un mauvais, nous ne nous attardons pas trop.
Repaires pris à l’aller, aide sympa des voyageurs et des chauffeurs, tout ira pour le mieux et retrouvons Franky prés du fameux pont. Dernière photo souvenir, nous roulerons un peu afin de sortir de la ville.
San Francisco reste à nos yeux peut être la plus belle ville des Etats Unis. Baie magnifique, vallonnements verdoyants, rues agréable, échelle humaine, architecture coloniale bien conservée, quartiers sans prétention, autant de facteurs font de cet endroit un lieux unique aux yeux des voyageurs qui s’y attardent un peu. Ville de toutes les tolérances certes, mais sans dérives pour autant. Creuset par le passé, de la naissance du mouvement « beatnik » et « hippies » aujourd’hui revu et corrigé, il y fleure encore incontestablement une odeur de « faites l’amour et pas la guerre »…
…Fantasme de l’auteur ?...
…Va savoir…
…Par deux fois à barouder à San Francisco, même sensation…
…Alors…
…si c’était vrai ?
Trêve de fantasmes, d’autres horizons nous attendent. Assez proche de « Séquoia national Park » il serait dommage de négliger. En 2009, nous avions déjà observé ces mastodontes exceptionnels dans la région. En particulier, au milieu des siens, un spécimen de 2700 ans, de 90 mètres de haut dans le tronc du quel, une échancrure élargie permet le passage des véhicules ! Pas vraiment commun.
Route à l’est, nous quittons le littoral. En moyenne altitude, nous traversons des vergers d’orangers à perte de vue. Ce sera sur plus de cent kilomètres qu’orangers, citronniers et pamplemoussiers se déclinent chargés à outrance d’agrumes mûrs à point. Un kiosque de producteur nous interpelle, nous ferons le plein de vitamine, oranges, tangerines, pamplemousses et avocats à prix dérisoires. La récolte est en cours, d’énormes semi remorques acheminent les milliers de tonnes produites aux différentes usines de transformation des fruits.
Des milliers de tonnes d’agrumes aux usines de transformation
Tranchent aussi dans le panorama, l’apparition d’immenses palmiers genre cocotiers au tronc aussi étroit que démesurés coiffés d’un toupet de palmes à trente mètres du sol. Pas d’erreur, nous sommes sous des cieux plus cléments. Pour autant, se rapprochant de la chaine des Rocheuse, nous nous inquiétons de connaître l’état des routes au National Park situé tout de même proche de deux mille mètres d’altitude. S’il à neigé là haut autant qu’il à plut en plaine, quelques difficultés sont à attendre.
Nous quittons les immenses vergers en prenant de l’altitude, sans succès nous recherchons un « visitor center » pour nous informer. C’est à l’entrée de Three Rivers, premier village de montagne qu’un panneau indique « closed ». Pas d’équivoque, suite aux conditions climatiques des semaines passées, l’endroit n’est plus accessible. Nous rebroussons chemin et passons la nuit dans un modeste camping rustique au bord d’un lac artificiel. Quasiment seuls, avec seulement deux autres couples installés, lapins, marmottes, écureuils et oiseaux guillerets nous tiennent compagnie. Petite ballade de santé soir et matin sans grand intérêt. Un lac artificiel reste artificiel. De par son utilité première, les variations de niveaux périodiques et sa maintenance n’autorise guère un développement de faune et flore naturelles et sauvages comme un vrai lac d’altitude.
Séquoia park Is closed faune modeste et fleurs libres au camping de Three River (4)
A défaut de séquoias géants, c’est vers un autre géant que Franky et son équipage se dirigent. Cap au sud ouest sur Los Angeles. Toujours pas plus passionné par les mégalopoles, personnellement, j’y vais un peu à reculons ! Mais passer si proche, sans voir, tiendrait d’un égoïsme ridicule. L’approche en sera chaude. Autoroute à deux fois sept voies, autoponts en spirales à quarante mètres du sol, bretelles à tous les étages, pimentés de milliers de véhicules, c’est un véritable plongeon dans une fourmilière urbaine démentielle. Ma copilote assure comme aucun GPS pour au final arriver à un camping proche d’une station de métro. Idéal comme stationnement pour découvrir la ville…
…sauf que…
…renseignements pris sur place, ce camping à disparu, vraisemblablement dévoré par la pression immobilière. Confus et contrariés, nous prendrons un repas vite fait sur un parking de magasin et envisagerons un repli.
A l’approche de Los Angeles (2)
A traverser tout Los Angeles, direction « Florence Camping Village ». La copilote assure super. Mais, sur place, malgré plusieurs emplacements vacants, c’est un refus sans appel. Le boss ne retient que de longs séjours. Il nous est indiqué de nous rendre à Disney Word. Encore plus éloigné, mais, après midi bien entamée, il nous faut trouver un stationnement sécurisé bientôt. Un bel établissement à la propreté et aux services irréprochable nous accueille pour la bagatelle de 65,00$ la nuit…
… sous d’immenses cocotiers, certes, mais 65,00$ tout de même.
Usé par la traversée nord sud et est ouest de la deuxième plus grande ville des States, tu mes la main à la poche et tu ne fais plus le difficile. Le lendemain, on se renseigne sur les bus pour gagner le centre ville, Hollywood, Beverley-Hells et le port afin d’apercevoir le Queens Mary 1er transformé en hôtel restaurant pour clientèle select. Avec sympathie et dévouement, notre interlocutrice nous explique que nous sommes trop éloignés pour utiliser les bus de ville. Elle nous propose une compagnie privée qui peut nous faire faire la découverte des quartiers intéressants. Commentaires en anglais uniquement, 100 $ par personne, réalisable que le lendemain, d’où l’obligation de deux nouvelles nuit à 65,00$. Chacun l’aura compris, nos moyens ne nous permettent pas de tels budgets.
Sur la côte Pacific, les otaries ne sont jamais loin. Le Queens Mary 1er
Dés lors, qu’à cela ne tienne, fleur au fusil, nous enfourchons notre Franky et partons à la conquête d’Hollywood et Cie nous même. Tel un bus urbain, plan de ville en main, tout se passera très bien et accéderons aux principaux pôles d’intérêt que nous souhaitions. Faute de précision de notre carte, retenons une petite difficulté de parcourt pour joindre Hollywood Boulevard mais au final, via quelques aller et retours assortis d’une ou deux rues de traverse Franky, dix à l’heure, défile fier comme Artaban le mythique boulevard étoilé. Illusoire de trouver un stationnement ici. Pour autant, arpenter ces trottoirs, s’attarder quelques temps aux vitrines, se mêler à la gente présente serait un plaisir légitime pour l’équipière. Moi, ok, mais je me sens mieux à la recherche des serpents à sonnette ou autres scorpions dans les grands espaces de l’ouest qu’au milieu de cette mouvance à mes yeux décalée. Cela dit, une rue adjacente est tentée, un grand parking accessible est présent. Un gardien pour la sécurité, et l’encaissement de…
… 20,00$ pour une heure !... (Env. 14,50€)
…Folie furieuse, mais c’est Hollywood…
…On crache au bassinet et nous voici à déambuler dans le quartier.
Sur Hollywood boulevard
Il est entre 18 et 19 heures, sans s’attarder, il nous faut bientôt quitter le centre et retrouver notre camping dans le secteur de Disney Word. Los Angeles s’étire sur prés de quatre vingt kilomètres et la nuit vient vite. A l’arrivée, c’est un peu à tâtons au milieu de la pléthore d’enseignes lumineuses qu’on retrouve notre établissement à la porte close ! Pas désarmés, la veille, nous avions remarqué la présence d’un autre « RV Park » juste en face. Portail large ouvert, un demi-tour de Franky un peu hard au milieu de l’avenue et plusieurs places libres nous sont offertes. Office fermé, peu importe, on s’installe, on dort, demain il fera jour.
Au matin, formalités accomplies, « conseil du comité de bord » pour définir la suite du voyage. Plusieurs éléments sont à prendre en considération. Certains des grands parcs nationaux de l’Ouest Américains que nous avions laissés en 2009 sont pour l’essentiel situés en altitude. A deux mille mètres, des risques de neige sont encore à craindre. La Basse Californie mexicaine n’est qu’à deux ou trois cent kilomètres d’ici. Cette immense presqu’ile désertique de mille trois cent kilomètres est située entre océan Pacific et mer de Cortés. Bien connue des baroudeurs de tous poils pour sa faune et sa flore endémique particulièrement originale, il est exclu de négliger cette zone. Y revenir plus tard au retour de Louisiane ou Floride est illogique. L’idée d’un aller et retour avant les grands parcs de l’Ouest nous semble opportun. Une dernière étape US à San Diego va nous permettre de nous préparer pour la frontière mexicaine. Un parking de magasin Wall Mart nous satisfait. Ouvert en 24/24, nous retrouvons à nouveau un véhicule de sécurité qui va tourner lentement autour du parking toute la nuit. Nullement importuné, nous voici bien gardés.
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