Janvier 2012. L’optimisme d’un départ début janvier s’embrume jours après jours.
Quelques obligations en Lorraine durant deux mois nous valent un séjour en camping car (français celui là) avec comme point d’orgue une semaine par moins 18° en périphérie nancéenne. Un jour vint néanmoins où, valises et Cie sont enfin bouclées.
Ce vingt mars fût une grande journée. Dans tout le sens du terme. Réveil à 03h45mn, Robert nous mène avant 6h à l’aéroport de Perpignan pour un vol sur Orly. Navette pour Roissy, puis vol pour Orlando (Floride). Arrivée prévue à 18h. En somme une balade de santé.
Bémol N°1 : Une heure de retard au départ de Roissy…
…pas bien grave.
Bémol N°2 : L’auteur oublie un détail…
… Notre feuille de vol mentionne bien atterrissage à 18h reporté donc à 19h, la subtilité est que si l’heure d’embarquement est bien locale (française) celle d’arrivée aussi…
…donc américaine !...
…d’où cinq heures de plus dans le Boeing 777…
…arrivée en fait à 00h (heure française), l’équipage de l’appareil nous invite à patienter un moment, vu notre retard du départ, le service des douanes est saturé. Une bonne heure de plus pour satisfaire le service d’immigration qui devra nous accorder six mois de présence éventuelle sur son sol au lieu des trois habituels. Vint la récupération des bagages et joindre l’hôtel. Il est passé 03h du matin du lendemain (heure française).
T’as bien compris, c’est 24 heures non stop !
Au final, peu importe, satisfaits d’être là, nuit hachurée dans un lit « extra King »…
… comprends : deux mètres vingt sur deux mètres vingt, en gros, quatre places ! Breakfast à l’anglaise, taxi, nous voici à la porte de notre fringant compagnon Franky. Il me tarde de lui reconnecter ses batteries et tourner la clé…
…le top ! Au quart de tour, tel un réveil suisse, nos 275 dociles étalons s’éveillent de concert.


Ambiance 100% « Floride »
Dés lors, on s’installe pour quelques jours au camping « Tropical Palm », manière de se recaler, nettoyer, vider les valises, remplir la cambuse et préparer la suite. Soleil, nuits douces, écureuils multiples, chants d’oiseaux, piscine et cocotiers, nous avons connu pire ambiance.

Pour un bon début ! Le merle bleu vient en voisin
Contrairement à l’été dernier, le camping est quasi complet. Nombre d’étatsuniens du nord et québécois, retraités et aisés, viennent passer un hiver absent, ici, en Floride. Tous à bord d’immenses camping cars quasi neufs pour nombre d’entre eux. Alignés comme à la parade, le soir, terrasses illuminées façon sapin de Noël, messieurs, chapeaux texans, casquettes US, mesdames, cheveux d’or ou plus souvent d’argent, gonflés laqués, tenues sport, soda gobelet demi litre, chacun use de son temps à deviser devant l’écran plasma XXL installé en plein air dans un coffre latéral du bus. Franky passe déjà ici pour un vétéran bien conservé. Embourgeoisement ou simple envie de détente, nous nous octroyons une troisième nuit avant de poursuivre l’aventure. L’occasion nous est donnée de s’inscrire à une soirée hawaïenne organisée au bord de la piscine. Pour 10$ chacun il nous est servi une assiette garnie…
…à l’américaine…
…mixage plus ou moins heureux de crudités aigres douces, chair de mandarine mêlée à de petits chamalows, viande rôtie mangeable, viennoiserie baignant dans la sauce salade l’ensemble dans la même assiette ! Un groupe de jazz distillait une agréable ambiance pas forcément très hawaïenne. Les danseuses des prospectus brillaient par leur absence. Un peu déçus, nous patienterons par politesse. Fini l’entracte, nos jazzmans relance l’intro, l’équipière jubile à l’entrée en jeu d’un athlète hawaïen peu vêtu, prélude à l’arrivée sur scène de deux jeunes et charmantes vahinés, hibiscus aux cheveux, collier de fleurs, chorégraphie exotique et …
…
… suave…
... D’instinct s’éveille la gente masculine. Gente, rappelles toi, tempes « platinium » et abdomens souvent en rapport avec leur compte en « stock-options » !
Pour agréable que fut cette fin de soirée, l’équipage cherche encore sa place dans cette air de série télévisée « camping paradise ». Pas venu jusqu’ici pour ça, le lendemain, plus sérieusement, nous reprenons notre route vers d’autres horizons.
Pâtisseries pascales fluo, nous sommes bien aux USA
Comme à l’accoutumé, petites foulées requises, moteur 1500 / 1600 tours, tranquille, nous prenons notre rythme de croisière pour un petit crochet vers le sud alors que notre route est franchement ouest. Il faut se souvenir qu’en fin de séjour 2011, une révision de la génératrice avait été exécutée à Fort Mayer. Une anomalie m’était apparue les jours suivants. Une barre de protection n’avait pas repris sa place. Veille de reprendre l’avion, c’est par courriel que j’avisais l’entreprise qui s’excuse et en convient. Rendez vous fût pris pour notre retour en 2012. Aujourd’hui, attendu, la pièce soigneusement rangée vient reprendre sa place en quelques minutes.
Dés lors, route inverse et enfin cap à l’ouest. Environs 600 kilomètres d’autoroute, manière d’avancer un peu dans ces zones déjà connues, puis routes secondaires aux travers des immenses vergers d’agrumes, oranges, citrons, pamplemousses, mandarines, etc.… . Le midi du lendemain, stationné en bordure d’une plantation, je tente un brin de causette avec les cueilleurs. Cubains, mexicains ou centre-américains, souriant aimables et complaisants, nous échangeons tant bien que mal quelques bribes. Notre espagnol nous fait défaut. Le pilote d’un tracteur m’offre spontanément une brassée d’oranges.

La récolte des oranges en Floride
Dimanche, treize heures, ces ouvriers agricoles quittent l’exploitation. Ciel d’ardoise, un orage aussi violent que bref passe. Les soirs suivants, quelques campings rustiques de « state-park » nous accueillent en milieux naturels. Le chant d’un merle bleu agrémente un vol de papillons le temps d’une courte balade dans la forêt dense.
Un petit crochet en fin d’une après midi nous conduit à un bivouac bien sympa découvert l’an dernier. Bord de mer, extrémité d’une bourgade lacustre, calme assuré, ce sera lecture sur plage manière d’étrenner notre dernier investissement à savoir deux chaises longues relaxes moelleuses à souhait. Au XXIème siècle, l’aventure peut aussi avoir sa version « pullman » ! Le soir venu, c’est coucher de soleil sur l’horizon sur le pas de la porte.
Rentrés à bord, on frappe…
… surprise, c’est Georges Bo Fender, solide fermier sexagénaire chapeau texan, âme cow-boy s’il en est, il nous avait déjà rendu une visite tonitruante l’an dernier, il a reconnu ces deux français dans un camping car similaire au sien. Quel entrain le bonhomme ! Il tient à tout prix que nous passions à son ranch de 3000 ha en Géorgie. Nous pouvons nous installer pour le temps qu’on veut dit il avec eau électricité etc., répétant indéfiniment « no money, no money » !!! Producteur de coton et de maïs, nous imaginons bien l’ampleur de l’exploitation. Par politesse, nous laissons entendre que « peut être », mais la Géorgie situé sur la côte Est des USA au nord de la Floride, c’est vite deux milles kilomètres aller et deux milles retour. Nous regretterons de ne pouvoir donner suite car notre route est vraiment à l’inverse, c’eut été certainement une belle expérience.
Jours après jours, nous remontons l’est de la Floride par la côte du golfe du Mexique, marécageuse au début, l’extrême nord ouest se pare d’un sable fin d’un blanc éblouissant. Dés lors, palaces et propriétés au luxe ostentatoire occupent l’espace. Inutile de chercher, routards et voyageurs au long cours n’ont pas leurs places. Faute de mieux, notre escale du soir se passera sur un parking de grand magasin. Au matin, une petite route littorale tout juste posée sur une étroite langue de sable immaculée, altitude zéro mètre vingt, nous laisse découvrir enfin le joli spectacle d’un rivage dunaire original. Vulnérable et exposé, aucune constructions n’est possible ici. La blancheur neigeuse remarquable nous fait stopper un moment. L’équipière prélève un petit sachet de ce sable curieux en souvenir du lieu.

Neige ? Non sable blanc
Bientôt, entrée en l’Alabama, sans grand intérêt, puis vient l’état du Mississippi et retrouvons avec un peu de nostalgie la Louisiane. Région que nous apprécions tant pour sa faune et sa flore que pour ce peuple au passé douloureux, encore en souffrance aujourd’hui pour beaucoup. Peuple refoulé, il y a quelques siècles où, ici, ne régnaient que moustiques et alligators dans ces forêts marécageuses. Parcourue en tous sens l’an passé, nous ne nous attarderons pas. L’Amérique Latine est encore loin.

Les ponts du Mississippi Entrée au Texas
L’asphalte se déroule maintenant au Texas, état immense, riche et peuplé, surtout dans l’Est, sans grand intérêt touristique, nous traçons des jours durant notre route à l’ouest. Quelques tortues kamikazes tentent de traverser les routes et passent ainsi à trépas jonchant les abords de leurs carapaces brisées en compagnies de quelques tatous tout aussi malchanceux. Un matin, en bord de route notre attention est attirée par un volatile plutôt inhabituel. C’est une dinde sauvage. Un peu surprise par ce gros véhicule qui s’arrête à sa hauteur, elle prend vite son spectaculaire envol. C’est la troisième fois que nous observons ces dindes sauvages, nous regrettons de n’avoir pas encore vu de mâles. Un dindon qui s’envole, serait une belle image.

Dinde sauvage Ranch texan
Si prairies et ranchs démesurés sont bien présents, le début nous offre des paysages plutôt forestiers ponctués de moyennes exploitations avec parfois, ô surprise, bosquets, haies et clôtures rappelant notre Lorraine lointaine ! Certains soirs, l’occasion nous sera donnée de faire quelques escales en campings modestes en bord de lac. Il est à noter qu’en Amérique du nord, il est quasiment impossible de s’approcher des rives des lacs ou rivières pour y stationner même pour un pic nic du midi. Propriété privées, clôtures ou végétation en interdisent l’accès. Les américains sont contraints de payer un droit d’entrée dans les zones de pic nic autorisées ou prendre une place camping en bordure de plans d’eau. Les campings sont nombreux et souvent confortables, les zones pic nic propres et bien équipées certes, mais bon…
…payer pour casser la croûte…
…pas super cool pour les nomades au long cours.
Ces temps ci, beaucoup de route, seules des myriades de fleurs des champs qui s’offrent sans compter aux jolis papillons infidèles relèvent un peu notre esprit de découvreur écolo.


Fleurs des champs
Les escales alternent entre parkings commerciaux, quartier tranquilles de moyennes bourgades et campings, parfois quelconques lorsqu’une connexion internet de bonne qualité est nécessaire. Une fin d’après midi nous fait traverser un petit centre ville au caractère de Far-West apparemment bien trempé. Il nous tente de s’arrêter pour voir un peu plus en détail. Si l’architecture du quartier affiche bien ce cachet authentique, hormis une belle boutique d’artisanat et mobilier texan, quatre vingt dix pour cent des échoppes de la place sont en total abandon. Un sentiment de ville morte plombe l’ambiance. Curieusement, en périphérie, centres commerciaux, restaurations rapides et autres s’activent en tous sens. Pas vraiment touristique. Les étatsuniens faisant tout en voiture, seule la périphérie survit. Faute de faire vingt mètres à pieds dans leur vie quotidienne, ce petit centre pseudo historique semble bien mort né.
Les jours suivant, la végétation se transforme en terres arides maquis desséchés, immensités balayées par le vent où seuls dépassent des broussailles quelques puits de pétrole disséminés ça et là. Les campings du coin sont plutôt destinés au personnel de ces puits ; quelques passagers sur la route de l’ouest y passent comme nous une brève nuit. Le charme manque pour s’y attarder davantage. Aujourd’hui, l’impression de voir double !...
…à nos coté, un véritable frère jumeau de Franky. Le tout même ! Sauf un détail important, nous en sommes étonnés, il ne comporte pas d’extension. Le propriétaire viendra observer à bord le gain de surface habitable extraordinaire acquit par cette option. Il est rare de trouver deux modèles identiques. Ces véhicules pour nombreux qu’ils soient sur le continent américain, doivent être construits en petites séries, ainsi, si les bases sont souvent les mêmes, options et déco varient à l’infini.

Les jumeaux
L’événement du jour reste l’appareil photo de Françoise dont l’objectif refuse tout net de s’ouvrir…
…mauvais…
…mauvais…
…vraisemblablement un grain de poussière là où il ne faudrait pas.
Par expérience, (c’est le deuxième !) inutile de chercher à l’ouvrir, c’est perdu d’avance…
… réparer ?...
…ici, idem…
…t’as bien compris, le seul remède reste la carte bancaire ! A reculons, c’est la caisse du bord, qui sera mise à contribution.
L’étape suivante nous mène à la petite ville d’Alpine. Bourgade échevelée perdue au milieu de nulle part. Un modeste camping derrière une station service nous permet de nous préparer durant deux jours pour le passage de la frontière mexicaine à une centaine de kilomètres d’ici. Une bonne connexion internet nous facilite aussi la conclusion d’un contrat d’assurance spécifique au Mexique par notre brooker californien. (pierre@sathers.com ) Compétant, parlant français comme toi et moi, l’affaire est rondement menée. Du courrier en retard est aussi traité et expédié car s’il faut une semaine pour la réception d’une lettre en France depuis les USA, c’est plutôt un bon mois depuis le Mexique. J’avais aussi à parfaire l’étanchéité d’un coffre qui laissait à désirer depuis des lustres. Egalement au programme, inscrire, bien visible, « FRANCIA » sur la carrosserie. En effet, les voyageurs européens sont, semble t il, mieux considérés en Amérique Latine que leurs voisins « gringos » du nord. Le décor de l’endroit n’est pas farouche mais le calme y règne et quelques poses chaises longues nous remettent de ces trois semaines de route quasi ininterrompues et sans grandes découvertes. Françoise s’adonnera aussi à un canevas particulièrement hard. Pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué ! Le lendemain, par une route de bout du monde, nous arrivons à Présidio, dernière agglomération US, petite ville frontalière, nous faisons une petite reconnaissance du poste frontière puis de retour en ville, un RV park est indiqué à cinq milles. Propret, partiellement occupé de grande caravanes installées à l’année par des employés locaux, mais tout de même, à nouveau, en plein désert. Seule distraction, un pseudo cours de golf au green caillasseux. On cherche le parcourt, les trous et autre practice… rien de conventionnel, seuls quelques tapis d’un vieux vert ensablés semble attendre un hypothétique joueur. Les voiturettes alignées, fatiguées d’attendre, aux pneus amorphes sont vautrées sur le sable. Certaines restent courageusement agrippées à leur chargeur de batteries. Limite de ballade atteinte, nous rentrons à la « maison ».
Nuit bienfaitrice, p’tit déj, contact, direction le poste de douane. Les étatsuniens nous laissent aller les yeux fermés. Arrivés au poste mexicain, je m’engage centimètre par centimètre entre les énormes quilles métalliques. Un préposé s’approche…
…holà, bon dia…
… pour l’heure, c’est à peu prés l’intégralité de nos connaissances en langue espagnole. Dés lors, je déballe le grand jeu pour être certain d’être bien compris. Notre carte du monde maculée de notre itinéraire au feutre est étalée sur le trottoir. Je donne aussi un petit texte explicatif traduit en espagnol par « Google » les jours derniers. Il y est indiqué que nous vivons à bord et que nous souhaitons un permis de résidence de six mois pour nous ainsi qu’un permis d’importation provisoire longue durée pour le véhicule. Véhicule qui est sensé rester sur le Mexique lors de notre prochain retour en France. Reçu cinq sur cinq, le douanier nous invite à stationner dans la première rue et à nous présenter au service d’immigration. Passeports épluchés, remarque nous est faite que lors de notre dernière sortie du Mexique l’année passée, nous aurions dû payer un droit de vingt dollars US par personnes. Versé illico, il nous vient vite à l’esprit que nos deux douaniers arrondissent leur fin de mois sur notre dos. Vérification faite, la mesure est parfaitement régulière et revenons volontiers sur notre préjugé. Dés lors, mon « permiso » est vite réglé. Le nom de jeune fille de Françoise posera quelques problèmes. Comment expliquer à un douanier de campagne qu’en France, la femme possède un nom de jeune fille ainsi qu’un nom de famille ? Au final, tout s’arrange et nous passons au service suivant. Photocopies, enregistrement du véhicule, petit souci car nos documents annuels nous parviennent exclusivement par internet et semblent n’être que des copies. On appelle le chef, septique au début, il nous invite à revenir dans vingt minutes…
… ???
…pourquoi, on ne le saura jamais. Le temps de la réflexion dirons-nous. Toujours est-il qu’à notre retour, le préposé demande à nouveau l’intervention du chef, même question pour finir enfin par nous délivrer le précieux sésame. Franky est autorisé à circuler au Mexique jusqu’en …
…2022 !!!! Coût de l’opération, quelques dollars US plus vingt autres pour mon « permiso ». Celui de l’équipière est à régler…
… dans la banque de notre choix… ???
… Porqué ???
…va t‘en savoir ! Il nous paraissait si simple de payer les deux ensembles. Et bien non, il nous faut maintenant gagner le centre ville, trouver un stationnement à proximité d’une banque pour s’acquitter de cette taxe. Même souci avec les deux noms de Françoise qui refusent obstinément d’entrer dans leur case. Il sera à nouveau fait appel au responsable d’agence pour s’en sortir.
Enfin en règle, il est temps de prendre la route et nous éloigner rapidement de cette frontière USA-Mexique qui reste la zone la plus exposée aux risques de règlements de compte des narcotrafiquants. Il semble toutes fois que le choix de Présidio comme passage soit un bon choix. Plutôt meilleur que Tijuana l’an dernier où des centaines de candidats clandestins erraient sous le regard des soldats cagoulés et armés jusqu’aux dents, ici, apparemment, rien de bien alarmant dans cette moyenne bourgade. Il va sans dire que nous déguerpissons rapidos tout de même.

Changement de style, cargaison de crânes séchés
Le choc est immédiat lorsque tu sorts des Etats Unis et que tu pénètres chez son voisin du sud. Nids de poules, ruelles en terre battue, carrioles en tous genres, bétail et volailles sur la chaussée l’ensemble baigné d’une généreuse musique nasillarde sans parler du pick up déglingué qui hurle le prix de ses pastèques dans sa sono rafistolée.

Première escale mexicaine
Première étape, le camping de Chihuahua capitale de la province du même nom. Route de montagne tortillarde, la moyenne tient péniblement le trente à l’heure. Cette grande ville atteinte, notre plan d’accès succin fait qu’on se retrouve en plein centre d’une ville de 700 000 habitants ! Un peu de logique, une petite dose de sens de l’orientation, la position du soleil (il nous reste un peu de notre passé de navigateur !) le tout assorti d’une part de chance font que, à un carrefour, une grande artère menant vers l’est m’invite à virer de bord. Ainsi nous retrouvons plus tard le périphérique qui nous mène tout droit au sud de la ville où se trouve ce RV park voisin d’une grande station service Pemex. Un grand panonceau confirme, nous y sommes, il est bientôt dix huit heures. Petit problème, tout est fermé, à l’abandon total, herbes folles, broussailles et bâtiments en ruines. Nous optons, pour notre sécurité de passer la nuit en arrière de la station service en compagnies des routiers. Un petit convoi de forains locaux, aux manèges désuets, est également présent pour la nuit.

Pas d’erreur, nous avons bien quitté les USA
Pas trop, trop mal dormis, nous reprenons la route sans tarder. Paysages de maquis et de broussailles ponctués de temps à autres d’une hacienda poussiéreuse au bétail famélique. Un panonceau m’interpelle…
… « Naïca »…
… Noté sur nos tablettes depuis des lustres, ce lieu fut l’objet de plusieurs reportages télévisés sur la découverte récente d’une véritable cathédrale souterraine de cristaux géants de plusieurs mètres de longueur. Par pur hasard, les ouvriers d’une mine découvrirent cette immense grotte gardant au secret ses merveilles uniques au monde. D’énormes enchevêtrements de cristaux de roche géants se sont formés ici au fil des millions d’années dans l’ignorance totale des habitants du lieu. Les commentaires laissaient entendre que dans un souci de protection, ce lieu n’a pas vocation touristique et doit rester clos. Si prés de ses merveilles, il nous faut au moins faire le crochet et tenter notre chance…
…sait-on jamais…
…le petit village de mineurs de Naïca est bien modeste. Néanmoins, à l’entrée, une grande arche souhaite la bienvenue aux rares passants. Un symbole de la vocation minière de l’endroit est aussi présent mais rien ne fait écho de ce qui nous attire ici. Aucun panonceau, aucun fléchage. Seule la rue principale est goudronnée, nous la quittons pour progresser dans le quartier adossé à la montagne. Des installations modernes tranchent avec le reste du décor. Nous accédons ainsi au poste de garde de la mine. Ruelle étroite et sans issue, nous stoppons devant l’entrée et verrons bien comment on se débrouillera pour repartir. Je m’adresse au garde lui expliquant que nous venons de France et souhaiterions accéder à la grotte aux cristaux géants…
…l’espoir naît lorsque l’homme s’acharne au téléphone. On sent bien que la chose n’est pas impossible…
…poussée d’adrénaline…
…Combiné raccroché, le garde se désole de ne pouvoir satisfaire notre requête. Il m’explique que des travaux sont en cours et interdisent ainsi tout accès en ce moment…
…dommage…


Cette image n'est pas à nous Naica village des cristaux géants
…Obligé de repartir en marche arrière jusqu’à la première ruelle, les villageois n’ont certainement pas l’habitude d’observer pareil véhicule dans leur modeste quartier. Nous nous stationnons au centre du village car lors de mon entretient avec le garde, j’ai cru comprendre qu’un mineur avait des échantillons de cristaux chez lui. Rien compris dans son adresse, un personnage mi cow-boy mi shérif nous salue. On lui explique que nous sommes venus pour la mine aux cristaux géants. Il interpelle un passant, c’est un mineur. Celui ci nous explique qu’une visite éventuelle ne sera possible qu’à partir de mai. On se voit mal rester à Naïca durant deux semaines à attendre une hypothétique autorisation. Par contre il confirme avoir à la maison des petits échantillons de cristaux. Nous le suivons donc dans un dédale de ruelles empierrées de ce qui ressemble plus à une favela brésilienne qu’à un village conventionnel. Invités à entrer dans sa modeste demeure, quatre murs en ciment, cuisine rudimentaire, un lit soigné dans l’entrée, pas de porte, juste un pan de plastique et partout les objets usuels de tous les jours. Précautionneusement, l’homme tourne la clé d’une vieille armoire, il nous dévoile ses trésors soigneusement protégés dans des boites à chaussures. Nous choisissons ainsi quatre cristaux représentatifs de l’endroit. Marchandage de circonstance, marché conclu pour cent cinquante pesos. (8,70€). Nous demandons pour faire une ou deux photos souvenirs. Pas de problème mais l’homme abaissera sa casquette. Il semble qu’il ne souhaite pas être reconnu.
Nous reprendrons la route vers le sud. Fin d’après midi, toujours sans camping, nous demandons à un motel l’autorisation de nous stationner sur le parking intérieur. Sécurité assurée par une barrière et un garde armé ! Seul le tumulte de l’intense circulation perturbera Morphée. Le lendemain, par manque d’intérêt et pour avancer, nous prenons plusieurs tronçons d’autoroute (à péage). Un RV Park indiqué sur notre guide est à nouveau en ruine complète. Qui plus est, le long de la route principale au ras du passage des camions. Du coup, nous allons perdre beaucoup de temps dans le centre de la ville de Torreón (450 000 hab.) pour trouver un camping signalé dans le guide en banlieue sud est. Pris par le flux des locaux en vélos, en charrette, en bus et vieilles bagnoles en tous genres, s’il existe encore, nous ne sommes certainement pas passé très loin mais de camping… niet ! A nouveau autoroute pour Durango. Surprise de croiser en plein centre une superbe tour Eiffel fort bien réalisée. Banlieue commerciale, quelques courses au Wal-Mart vite fait et à nouveau échec au camping. Le soleil est passé derrière l’horizon le jour baisse il nous faut un bivouac sûr bientôt. On recherche une station Pemex en sortie de ville sans succès. La nuit est là, il est décidé de faire demi-tour car devant nous, c’est deux cent Kilomètres de montagne. De nuit, à éviter. Dés lors, hôtels ou motels ne nous conviennent guère. Ce sera une petite superette Oxxo affichant « open 24/24 » qui retiendra notre attention. Emanant du noir complet du chantier voisin, un pauvre bougre aide l’équipière à déplacer quelques pierres pour nous garer au mieux. Il dit dormir derrière et ouvrir l’œil…
... Entre confiance et doute, on remercie…
… quelques emplettes à la boutique, la caissière nous confirme qu’il n’y a rien à craindre, le magasin reste bien ouvert toute la nuit, c’est le patron qui veille. Nous offrirons une bière fraiche avec un paquet de chips et quelques pesos à notre veilleur.
Au petit matin, p’tit déj rapide car il nous tarde d’atteindre Mazatlan sur la côte pacifique et trouver enfin un camping confortable et ainsi nous mettre à jour dans la lessive, l’entretien journalier, le courrier et faire une pose de quelques jours dans un cadre si possible agréable. Une sévère mais intéressante route de montagne nous fait découvrir une zone rurale du Mexique profond. Les visions qui nous sont offertes témoignent d’une population d’agriculteurs éleveurs à la vie difficile mais où semble t il l’autarcie satisfait chaque famille.

Villages
Un feu de forêt en bord de route activé par un vent soutenu nous inquiète un moment. Les flammes du bas coté, orientées vers l’extérieur par le courant d’air autorise le passage. Pourvu que ce vent ne change pas de direction… Finalement, le risque disparaît après quelques centaines de mètres.

Feu de forêt
Durant la journée, nous allons croiser multiples camions mais surtout plusieurs centaines de motards pour ne pas dire un millier. Par moment, une pure folie, par petits groupes d’une dizaine, dans les virages à droite en épingle à cheveux, ceux-ci se risquent, complètement à gauche, à doubler un semi remorque. Toi, même à dix à l’heure, eux, surpris, t’arrivent dessus en pleine face pour s’écarter in extrémis. Ils vaudront quelques frayeurs bien trempées à l’équipière. Qui plus est, vu la raideur de certaines courbes, si je ne veux pas laisser mes roues arrières droites dans le fossé, je dois anticiper en début de courbe par un léger écart à gauche. Les camions idem, ainsi, les motards présentent parfois des réactions de stupéfaction peu confortables. Ce défilé débuté vers dix heures se poursuivra la journée suivi d’une pléthore de véhicules d’accompagnement et remorques assortis d’une kyrielle de bus. Au terme des centaines d’épingles à cheveux, la plaine de la côte pacifique se dessine dans le lointain.

Nous franchissons le Tropique du Cancer pour la seconde fois

Plusieurs centaines de motards
Une ville moyenne, Concordia, est atteinte vers dix sept heures. Nous n’insistons pas davantage et bivouaquerons derrière la station Pemex accompagné de quelques routiers. Confirmation nous sera donnée que nous sommes dans la « semaine de la moto »…
…On l’aurait juré !

Curieuses formations rocheuses
Mazatlan, immense cité balnéaire est atteinte le lendemain sans difficulté. Enfin, un camping, bien à l’américaine nous ouvre ses portes en front de mer. Pas d’affluence notoire, les américains se font plus rares depuis quelques années, la contre publicité massive des médias sur le Mexique semble faire ici des ravages dans le secteur du tourisme. On se demande si tous les hôtels de luxe alignés derrière la plage sont bien remplis.

Côté pile… …côté face.
Pour l’heure, pas question de trempette, c’est la Bretagne ! Le soleil est bon mais un vent de la mer souffle fort frais à notre goût. Un épais brouillard nous surprendra même le lendemain matin. Il est ainsi exclu de manger dehors matin ou soir sauf à enfiler les polaires ! Non merci, on n’est pas venu jusqu’ici pour cela. Nous comprenons mal comment en avril 2011, à latitude égale (tropique du cancer) en Baja California, mer de Cortés, nous nous baignons dans de l’eau à 26°. En consolation, nous avons droit aux balais de nombreuses troupes de pélicans et de frégates.

Frégates, pélicans et huitriers
Héron bleu, iguanes et …
Grand ménage, nettoyage carrosserie, internet et divers sont de rigueur. Une grande ballade sur la plage quasi déserte nous fait découvrir le voisinage. Rien de notoire hormis palaces géants et hôtels à deux rangées d’étoiles pour nord américains aux poches submergées de billets verts. D’ailleurs, les quelques rares occupants du camping ne prêtent aucune équivoque au regard des installations. Caravanes énormes et camping cars géants installés à l’année avec vérandas et toiture en feuilles de palmes, d’ailleurs très bien réalisées par les locaux.

Construction d’un abri en palmes cocos sur la plage


Le pacifique, un soir d'avril…
En soirée, l’équipière m’entraine à voir en arrière du camping une enfilade de marchands du temple. Seuls touristes encore présents, les américains du camping, troisième âge pour la totalité, sont tous rentrés. Harcelés à chaque stand par ces vendeurs de babioles made in china, nous quittons rapidement les lieux. Le surlendemain, nous décidons de changer de camping pour nous rapprocher de la ville. Il nous faudrait trouver en librairie un nouveau « guide du camping au Mexique ». Le nôtre, trop ancien, gentiment offert par nos amis Claude et Alain qui remontaient d’Amérique du sud l’an dernier n’est plus vraiment très fiable. Un peu attardés par nos courses principales nous remettons au lendemain cette recherche. Plan en main, nous sillonnerons donc la ville, trouverons les librairies qui nous furent indiquées, mais, de guide, point. A midi, stationnés dans une ruelle secondaire du centre, nous déambulons un peu à la découverte de plusieurs anciennes bâtisses d’architecture hispanique. Il nous vient de manger dans une petite gargote locale. Bien en peine avec le menu, nous commandons ce que nous connaissons, des tacos (sorte de crêpes de maïs farcies). Incompréhension dans la garniture, aujourd’hui, ce sera des tripes ! En dessert, méga coupe de fruits nature pour Françoise, la même pour moi avec en prime yaourt, noix, raisin secs et céréales diverses. Six euros pour deux, si la gastronomie reste modeste, la caisse du bord appréciera.


Sur la route de la sierra
Deux jours durant, nous faisons route vers la sierra Tarahumara. Importante chaine de montagne aux canyons particulièrement difficiles d’accès. Sur le parcours, la traversée de Culiacan, ville moyenne va donner quelques frissons glacés à l’équipière. A quatre ou cinq reprises, d’impressionnants barrages de police vont se succéder. Tenues de combat, cagoulés, lourdement armés ce sont des pelotons d’une cinquantaine d’hommes qui sont ainsi postés à plusieurs carrefours en sortie de ville prêts à dégainer. L’un d’eux, en option « lunettes noires guerre des étoiles », tout en nous indiquant d’avancer, est assuré de nous laisser, malgré lui, un souvenir éternel. Un camping fantôme de plus dans la zone, nous voici à nouveau stationnés sur une station service à camions. Sauf que, le soir, pas de camions, superette et cafétéria fermée. Seules brillent encore les enseignes des pompes. Un semi remorque viendra se garer sommairement à une cinquantaine de mètres. Passé le souper, nuit tombée, un premier événement n’échappe pas à l’équipière. Une dizaine d’hommes sortis de nulle part courent, embarquent dans le noir, puis, le camion redémarre tous feux éteins et disparaît…
…bizarre…
… un moment plus tard, deuxième intrigue. Deux pick up s’engagent en terrain vague derrière la station. Durant dix minutes, deux hommes s’activent alors qu’un troisième véhicule resté prés des pompes semble faire le guet. Rapidement, tous disparaissent dans l’obscurité.
Hantée par le déploiement de force de cette après midi assorti de ces faits curieux, Françoise voit noir. Nous allons converser quelques mots avec le pompiste de garde qui se veut rassurant et nous invite à nous stationner juste sous les lumières d’une pompe non utile pour cette nuit. Sommeil hachuré suivi d’une journée insipide.
A noter qu’au petit matin, nettoyant consciencieusement le pare brise, je me fais attaquer aux jambes par un escadron de microscopiques moucherons noirs. Le lendemain, c’est chacun de nous qui subirons à nouveau les assauts de ces bestioles infâmes qui, insidieusement te sucent jusqu’au sang laissant piqûres et démangeaisons féroces pour une bonne semaine.
Los Mochis, point de départ pour remonter ces hautes vallées reculées est atteint vers midi. La petite route d’El Fuerte agréable nous fait découvrir déjà un peu la vie des autochtones du lieu. Dés lors, aucune route carrossable ne gravit le sud de la sierra Tarahumara jusqu’à Creel, dernier village niché à 2260 mètres d’altitude. Seule une ancienne voie ferrée permet la traversée de cette zone. Voie ferrée unique crée à l’occasion de découvertes de minerais précieux dans la sierra. Une prouesse technique pour l’époque, imagine…
…quatre vingt six tunnels et trente sept ponts !
Arrivés à El Fuerte, petite bourgade agréable, les deux campings du guide sont à nouveau inexistants. Se renseignant où se trouve la « Palacio Municipal », un mexicain super sympa monte dans son vieux pick up et nous y conduit spontanément.


Belles maisons coloniales
Un point tourisme assez sommaire y est présent. Tant bien que mal, nous prenons bonne note des horaires du train pour Creel…
… « Du » train, oui…
… car, voie unique, un seul train monte ou descend chaque jour…
…mais pourquoi donc s’entêter à grimper là haut ?...
…déjà, la voie traverse des paysages de montagnes intéressants en remontant plusieurs canyons découvrant ainsi plusieurs villages isolés. Puis arrive Creel. Important point de communication des indiens Tarahumara. Communauté autochtone fièrement attachée à leurs traditions ancestrales. Les Tarahumara ne se sont jamais soumis aux conquistadors espagnols, ni aujourd’hui aux règles de la fédération mexicaine. C’est ainsi que, contraints, au fil des siècles ils ont tout fait pour maintenir ainsi leur mode de vie traditionnel au fin fond de leurs montagnes arides quasi inaccessibles. Vivant en communauté pour certains encore dans des grottes ou troglodytes naturelles, pour d’autre dans de très sommaires maisons de bois, ils pratiquent une forme de transhumance. L’été, sur les hauteurs, l’hiver dans les vallées, un maigre bétail les accompagne. Nous avons compris qu’ils s’inquiètent d’une sécheresse persistante qui altère leurs maigres cultures. Quelques arpents de maïs de haricots et de piètres céréales se refusent à germer tant la terre poussiéreuse paraît stérile…
…réchauffement climatique ?...
…Je n’aime pas beaucoup cette citation à la mode. Banalisée chez nous avec pour autant, bains et douches journaliers pour beaucoup, lumières multiples qui restent allumées nuits et jours, véhicules par millions etc.…
… N’avons-nous pas tendance à penser que les médias nous « bassinent » à nous rabâcher ces paroles à longueur d’années ?...
… ici, (mais pas qu’ici) tu n’oses pas imaginer un seul instant que nos sociétés dites évoluées, de par leur gaspillage, privent ces indiens Tarahumara (et d’autres) de leurs maigres récoltes, seule source de survie. Ne demandant rien à personne depuis des siècles, se satisfaisant d’une vie simple, en autarcie et malgré tout heureuse…
… nous ressentirons une certaine honte issue d’un sentiment de soi disant impuissance à aider ces hommes, ces femmes, ces enfants.
Le voyage en classe « économica » mêlés aux autochtones ne manque pas d’originalité. A chaque arrêt, souvent en pleine campagne, chacun s’active à débarquer les quelques achats faits en ville, nombreux sacs de pommes de terre, seaux, cartons multiples et j’en passe. Mexicains pour la plus part, mais aussi quelques couples de Tarahumara en tenue traditionnelle, les mamans et leur jeunes enfants dans le dos. Lors d’un arrêt au milieu de nulle part, je donnerai volontiers un coup de main au débarquement d’un attirail hétéroclite à une famille indienne. Pas de quai, tout est entassé sur les voies le temps de s’organiser pour atteindre à pieds, parfois avec un âne leur bien modeste lieu de vie.


A bord du train pour Creel
A bord, la sécurité est assurée par quatre policiers, carrures rugbymans finalistes, armés de pistolets mitrailleurs. Tu ressens comme un petit air de western du temps passé…
…Il y aurait-il risque d’attaque du train !


Dans les rue de Creel
Au terme de six heures de voyage, nous déposons nos sacs à dos dans une modeste chambre de l’hôtel Margarita à Creel. Le patron nous propose ainsi qu’à deux espagnols, une anglaise et deux jeunes américaines de nous faire découvrir en 4x4 les confins de ses montagnes. Rendez vous est pris pour neuf heures le lendemain. Le petit déjeuné sera composé d’une sorte de polenta liquide accompagnée d’une banane, d’une omelette et deux tortillas au jambon.
Véhicule mis à rude épreuve par des passages obligés sur de gros rochers émergeants et quelques gués de torrents, nous entrons bientôt dans le territoire protégé des Tarahumara. Cochons noirs dans la rivière et poules dans les habitations vont être le lot du moment. Quelques familles bien connues de notre guide ont décidé de céder un peu au profit du modeste tourisme qui accepte de grimper jusqu’ici. Doués dans la réalisation d’un artisanat de qualité, cette activité ancestrale de fine vannerie apporte à ceux-ci un incontestable complément de revenu. Une escale à proximité d’une grande grotte ouverte va bousculer sévèrement nos esprits occidentaux. Parmi d’autres, une famille vit là avec enfants et volailles mêlés. Entre les roches du fond, une fumée s’élève, c’est la cuisine. Les ustensiles sont disposés sur des planches calées par de grosses pierres. En arrière d’une plus grosse roche, on devine un semblant de protection d’intimité, vraisemblablement « une couche ». Plus en avant, une sorte de panneau de bois rassemble le travail d’artisanat à disposition des quelques passants que nous sommes. Nous ne manquerons pas, chacun de nous, de nous enquérir de quelques jolis objets.


Habitat Tarahumara 1


Habitat Tarahumara 2
Prés de l’entrée, une kyrielle de bidons en plastique rempli pour certains d’une eau jaunâtre. Pas d’eau courante. Ils doivent aller à la rivière pour chercher leur eau de chaque jour. C’est peut être ce qui nous horripile le plus…
…Face à ces populations, toi, occidental nanti, ne fait surtout pas le beau…
…pauvre pêcheur… Tu as su dépenser des milliards pour marcher sur la lune, encore des milliards pour construire et habiter une station orbitale internationale avec production d’eau et encore des milliards pour chercher de l’eau sur Mars !...
…pauvre c… alors que devant nous un milliard de nos compatriotes n’ont même pas l’eau potable...
…à chacun de voir.
Pour l’heure, à quelques kilomètres, comme chaque matin, accroupie cette femme trie sa bassine de grains de maïs sur le pas de sa maison de bois brut. Moins mal lotie, cette famille dispose d’un robinet. Un petit château d’eau est présent en arrière du hameau. Protégé ainsi des reptiles et autres prédateurs, un poulailler sur pilotis est présent, dans sa petite extension suspendue, une poule couve…
… N’oublie pas, ici, c’est l’autarcie qui prévaut.

La trieuse de maïs… …ses voisins
Passage devant la mission et la salle du « conseil ». Femmes en retrait, les chefs de village s’entretiennent des décisions à prendre dans la bonne humeur (aujourd’hui !)

A la réunion du conseil
Piste d’enfer, à dix à l’heure, nous rejoignons le départ d’un sentier menant à une jolie cascade au sein d’une agréable forêt de pins. Ici, c’est Alexandro, un gamin Tarahumara qui va nous conduire à un quart d’heure de marche à cette cascade où le manque d’eau se fera aussi sentir. Précautionneusement, Alexandro va choisir les meilleurs passages, il se retournera sans cesse vérifier si tout le monde suit bien, sans mot dire, marquera une pose si nécessaire. Il se dégagera de ce gamin un sentiment d’extrême…
…j’allais dire…
… de conscience professionnelle…
… pas une seconde il ne manquera d’observer de toute part si tout se passe bien. Au retour, il ne demandera … rien. Il va sans dire que chacun lui donneront quelques pesos…
La cascade Alexandro
…A noter : Alexandro est sourd et muet…
… nous sommes contents de constater que ce maigre tourisme lui permette de pratiquer cette humble activité malgré son handicap. Au départ du retour de cette infâme piste rocheuse, un bruit suspect nous interpelle sur le toit du 4X4. Sans suite. C’est après le deuxième gué que notre chauffeur s’arrête. S’était Alexandro qui saute du toit pour regagner sa famille au milieu des pins. Visiblement heureux, son visage s’illumine d’un large sourire assorti d’un geste d’adieu sincère et spontané ; comportements rarissime chez les Tarahumara…
…nous regrettons qu’il n’ait pas eu sa place auprès de nous. Les hommes ne seraient ils pas encore tous égaux ?
Notre circuit s’achèvera par un lac de montagne au milieu de la forêt de pins. Quelques Tarahumara y vivent en périphérie. Quelques mamans et enfants ne manquerons pas de nous proposer à nouveau leur modeste artisanat. Nous y répondrons à nouveau espérant ainsi leur apporter une modeste lueur d’espoir d’une vie meilleure.

Les sourires sont rares chez les Tarahumara
Il est à retenir que ces indiens farouchement retranchés et fermés au reste du monde depuis des générations ne t’accorderont, peu importe les circonstances, jamais un sourire…
… Visages burinés, teint cuivré, rides profondes et regards…
… étranges, résignés peut être…
… ou bien…
…disons simplement…
…linéaire…
…miroir de leur vie.
Détail non négligeable renforçant la difficulté de communiquer, la majorité d’entre eux, ne parlent même pas espagnol, seulement leur dialecte propre, le raramuri. Va t’en t’expliquer, toi en raramuri !
De retour à l’hôtel, petites emplettes, diner sympa, menu bien local en compagnie de nos amis d’escapade. Nous retrouverons un lyonnais le lendemain dans le train du retour. L’arnaque du jour sera l’absence, le mardi, de wagon « classe économica ». Non seulement le billet coûte deux fois plus cher mais bien entendu, les locaux sont absents. Seuls demeurent quelques familles mexicaines huppées, un couple d’américain notre lyonnais et quelques autres. A El Fuerte, nous retrouvons Franky hébergé en arrière de la modeste maison de la famille Gomez Flores. La deuxième partie de nuit ne manquera pas d’être soumise aux vélocités des coqs de l’enclos assortis de ceux du quartier.

Franky en gardiennage vers El Fuerte

Sur la route de Mazatlan, four à pain et camions de tomates
Le lendemain, nous passons la matinée à trouver un distributeur de billets de banque qui fonctionne et qui accepte l’une de nos cartes bancaire. Pas évident ce jour là. Un caddie au super marché du coin, repas sur le pouce et enfin, route au sud. A nouveau escale à Mazatlan pour poster du courrier urgent, répondre à nos courriels, lessive et petits bricolages divers. Nous sommes les seuls clients du camping hormis un couple d’argentins qui montent vers le nord. Ils nous rassurent un peu sur les pays suivants (Guatemala, Nicaragua, Costa Rica et Panama) en termes de sécurité et d’états des routes. Beaucoup de pluies en Colombie. Ils bouclent ce périple en camionnette Renault sommairement équipée. Au titre des occupants du camping, j’oubliais nombre d’iguanes de belles tailles qui se réchauffent sur les emplacements vides surchauffés par le soleil.

Les résidents permanents du camping de Mazatlan
Une balade en bus jusqu’au marché couvert ne manquera pas d’authenticité ! Superbes fruits et légumes mais cotés viande et poissons, tu en deviendrais végétarien dans l’instant ! Nous nous laisserons tenter par un morceau de marlin fumé.


Au marché de Mazatlan Marlin fumé…un délice
Prochain épisode : Le Mexique du sud
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