
Louisiane Floride
Fin juin à début septembre 2011
Avant de poursuivre, rendez vous est pris chez le concessionnaire Freigtliner pour vidange moteur, boite de vitesse, graissage ainsi qu’une vérification des freins de Franky.
Tout « ok », nous faisons route au sud par les plaines du Mississippi. Deux jours durant, ce seront digues de terre, champs de coton, maïs et soja, puis, digues de terre, coton, maïs, soja, puis encore et encore…
… Seule distraction, quelques panonceaux d’information sur la « route du blues ». Cette « route 61 » à aussi son histoire. A l’époque peu glorieuse de l’esclavage, c’était la seule voie qui permettait aux évadés noirs téméraires, de fuir leur misérable sort dans les états du sud pour espérer gagner une bouffée de liberté dans les états du nord.
La route du Blues
Bientôt, nous gagnons Natchez, ancienne domiciliation des fortunes faites dans les plantations des plaines du Mississippi. Proche de la Louisiane, déjà un peu de francophonie éveille notre ouïe. Bon accueil au magnifique visitor center qui nous remet un plan détaillé de la ville nous permettant ainsi une ballade sympa dans un centre ville presqu’à l’image de la vieille Europe. Un charme indéniable se dégage des maisons coloniales noyées dans la verdure et, de ci de là, une ancienne maison de planteur respirant l’opulence de ces exploitations à la main d’œuvre facile.
Maisons de planteurs de coton le casino de Natchez
Désirant vivre maintenant au sein et au rythme de cette Louisiane profonde, nous délaissons comme souvent, les grands axes pour nous laisser dériver aux grés des chemins de traverse. Tu te rends vite compte que le soleil ne brille pas tout à fait de la même façon pour chacun. Ces populations noires du sud demeurent en partie sur le bas coté de la route de la sacro-sainte croissance économique. Si certains ont eu l’opportunité et les capacités de prendre le train en marche, pour beaucoup d’autres, c’est quartiers infortunés, masures « vielles planches » et vitres en plastique…
…maisons d’esclaves ?...
… Non, non…
… Pas tout à fait et heureusement pour eux. Seulement, connaissant les grandes lignes de leur passé, ton esprit s’oblige à établir un triste parallèle.
L’équipière, impressionnée, n’est pas très à l’aise dans ces communautés. Nous décidons de passer la nuit au camping d’un « state park » indiqué à proximité. Bon choix. Nous y découvrons nos premiers « bayous », ces bras morts du Mississippi au milieu des marécages, riches en faune et flore déjà subtropicale. Ici, la rareté des alligators laisse la vie belle à nombre de variétés de tortues d’eau douce. Assez timides, leur approche devra être discrète. Poissons bizarre et fleurs de lotus ponctuent aussi les mares, bignones et hibiscus sauvages égaient les rives. Quelques papillons colorés virevoltent parmi les milliers de libellules. Nous découvrons aussi de curieux cyprès qui se plaisent à pousser dans l’eau et produire une proéminence curieuse à la base de leur tronc. A leur périphérie, se développe une multitude de moignons de rejets pour le moins curieux. Des lichens abondent aux branches (la barbe espagnole). Au couchant, quelques cris d’oiseaux animent la belle image. Plaisant, nous resterons une journée de plus pour en explorer mieux les richesses et nous mettre à jour de nos tâches quotidienne dans un cadre agréable.
Rencontres…
Les curieux cyprès de Louisiane
La carte détaillée nous laisse perplexe quant au choix des étapes suivantes. Une multitude de routes secondaires s’insinue entre marais, bayous et forêt dense. Au hasard d’une plaine, se sont les immenses plantations de canne à sucre qui meublent un temps le paysage. Quelques bayous aux rives habitées plantent parfois un décor de rêve pour certains. Belle maison style coloniale, hectares de gazon strict, arbres séculaires, chevaux et pièce d’eau en toile de fond. Plus tard, en zone inhabitée, nous marquons l’arrêt près d’un bayou plus sauvage. Un sentier empierré et clair en permet l’accès. Bien chaussés, prudents, nous approchons sans bruit…
… Couvert de jacinthes d’eau…
… jumelle rivées…
… Ils cherchent…
…
…sans trouver…
… Juste un grand cormoran noir sur son arbre mort et quelques aigrettes huppées…
…ce sera pour plus tard.
Canne à sucre Bananeraies Hibiscus et bignones libres
La route va suivre longtemps des digues en terre sensées contenir les humeurs du grand fleuve. A la recherche de terres vierges, la Louisiane est riche en fameux « state park ». Zones de protection naturelle aux accès réglementés, sentiers d’exploration, campings plus ou moins rustiques quelques bungalows discrets, ces zones protégées sont à disposition des amateurs de nature sauvage. Arrivés en fin de journée au Bayou Chico, en bord de route forestière, nous apercevons à plusieurs reprises de placides tatous fouillant le sol. Espèce propre à l’Amérique tropicale, leur prolifération nous avait habitués à en voir de nombreux cadavres sur le bord des routes, victimes de la circulation. Discrets en journée, nous les observerons souvent même très proches de nous lors d’une soirée barbecue. Avant le coucher du soleil, une petite balade sur les rives du bayou nous fait à nouveau découvrir une zone couverte de superbes lotus en fleurs. Le jour baissant, l’ambiance se relève de cris d’oiseaux invisibles et de « plouf » de grenouilles, tortues ou autres amphibiens surpris de notre approche.
Un soir en Louisiane
Tortues au soleil… …crépuscule pour le tatou
Le soleil rappelle ses derniers rayons attardés dans ce sous bois inondé.
_ Dit, le bout de bois, là bas, y remue bizarrement, me murmure Françoise…
… ??? …
… On observe, doucement on s’avance…
… le morceau de bois s’éloigne d’un mètre…
… A bien y regarder, le morceau de bois comporte deux gros yeux émergés, à notre approche, un sillage se profile…
… l’adrénaline s’emballe…
… pas d’erreur, c’en est un…
… A la recherche depuis plusieurs jours de ces emblématiques amphibiens des bayous et autres contrées marécageuses de la planète, Nous voici bien face à un superbe alligator. Il va rester là un moment à nous observer à une dizaine de mètres. Pas un monstre mais un mètre cinquante, un mètre quatre vingt quand même…
… observation…
…Respect réciproque…
… Quelques clichés, tout en s’assurant qu’on en a pas un deuxième dans le dos ! Nuit tombante nous rentrons « à la maison ». Un deuxième alligator sera observé le lendemain matin lors d’une ballade d’observation dans le sous bois inondé. Satisfaction également de surprendre discrètement à bonne distance un couple d’ibis blanc.
Parmi cyprès, nénuphars et lotus… …l’alligator
Lotus Jacinthes d’eau Buttonbush
Rencontres
Nous quittons bientôt le Bayou Chico pour rejoindre la ville de Lafayette. Passage obligé au visitor center où une femme cajun nous informe des principaux événements dans un langage de vieux français fleuri d’un accent acadien bien trempé. A noter que les origines du peuple cajun vivant dans le sud du Mississippi sont bien françaises. Pour beaucoup, normands ou bretons, ils s’étaient installés en Acadie où leur société fut prospère puis l’histoire à mal tourné pour eux. Expulsés, déplacés, disséminés par les anglais, une partie des survivants se sont retrouvés repoussés dans ces terres marécageuses que personne ne voulait. Contraints d’abandonner leur langue il subsiste néanmoins aujourd’hui une tradition de francophonie bien vivante.
Les écrevisses de Louisiane
Une gastronomie cajun renommée se dénote aussi de la culture américaine. Une soirée resto chez Rambols établissement notoire du folklore cajun est donc programmée. A l’écart du centre de Lafayette, le bâtiment ne paye vraiment pas de mine. Mi atelier, mi hangar en tôles ondulée, seul un écriteau confirme que nous sommes bien à la bonne adresse. Le parking se remplit rapidement, nous poussons la vieille porte. Une immense salle habillée de bois brut, un bar, une centaine de tables, une scène où se produit un orchestre typiquement cajun assorti d’une piste de danse, tout à fait ce que nous cherchions. Ecrevisses et alligator sont des références dans la cuisine locale. Une entrée de gambas pour madame, une assiette d’alligator pané pour monsieur (l’aventure, reste l’aventure !). Avec peine nous décryptons dans le menu un plat d’écrevisses tout simple à décortiquer comme nous en voyons passer aux tables du fond…
… Persuadé de notre bon choix, nous patientons…
…sauf qu’il nous est servi une assiette de queues d’écrevisses en sauce et riz en garniture. Délicieusement cuisinée…
... d’ailleurs, on conseille l’adresse…
…mais c’est exactement le même plat qui nous avait été servi à Memphis sous un autre nom…
…on aurait aimé gouter différent !
Françoise un peu déçue, nous demandons conseil pour un dessert. La serveuse nous sert un pain trempé dans un pseudo caramel doux vaguement alcoolisé inondé de chantilly. L’ensemble s’affale lamentablement de sa lourdeur pesante.
L’équipière jette l’éponge !
L’ambiance musicale effacera les quelques fausses notes du menu. A noter que dans ces établissements, les repas sont servis à partir de 17h 30, 18 heures et vers 22 heures, chacun rentre chez soi.
Folklore cajun et… …alligator pané
Bien dormi sur le parking du resto, le dimanche matin, nous avions eu écho d’une messe gospel dans un temple de la ville. Rendus à l’adresse indiquée, tenue de rigueur, une élégante femme noire souhaite la bienvenue à chacun. On explique que nous souhaitons assister à ce service. Fort aimablement, elle nous conduit à nos places et indique qu’elle va prévenir une personne francophone qui s’occupera de nous si nécessaire. Édifice immaculé ultra moderne, salle immense, fidèles d’une élégance rare, orchestre de qualité…
… encore un grand moment d’émotion devant la beauté et la ferveur de ce peuple d’ivoire…
… né là bas, sur l’autre continent, avec leur peine maximum…
… « La belle démocratie welcome », qu’en pensent-ils eux… ?
… Aujourd’hui, si nous affirmions haut et fort que le voyage t’ouvre tout…
…l’esprit, les yeux et le cœur…
…que chacun de nous revendique donc le titre de « citoyen du monde » bien au-delà des continents, des races et des ridicules frontières des hommes.
Emotion beauté et ferveur au service Gospel
Sentiment confirmé à nouveau en cours d’après midi au « cultural center acadien ». Un film en français diffuse les mémoires de cette communauté acadienne et cajun…
… pas que de la belle histoire non plus messieurs les anglais…
… permets, lecteur, sans leçons à donner, que je n’en dise pas plus.
A Lafayette, il nous avait été conseillé de visiter un village cajun d’époque, l’été, des figurants en costumes animaient les lieux. Rendus sur place, si maisons, mobilier et accessoires évoquaient bien ce XVIIIème, les figurants brillaient par leur absence. Un document en français aidait. Seul dans la vieille école un violon accompagnait un papy cajun pur jus. Il nous compta l’histoire de ses aïeux avec passion quand il comprit que nous venions de France. Le tout dans un vieux français acadien assez fleuri lui aussi ! De temps à autres, habilement, de son instrument, il suspendait quelques notes douces dans l’air du temps. Avant de se quitter, nous eûmes droit à quelques airs de french cancan puis de Marseillaise.
«Mémoire»
Lafayette découverte, il nous tardait de nous replonger dans l’exubérante nature des bayous louisianais.
Regarde où tu mets les pieds !
A une centaine de kilomètres, Lake Martin devrait répondre à notre attente. Au terme d’une route secondaire, une bonne piste graveleuse émerge des marais et entrelacs au couvert forestier généreux. Quelques échassiers nous distraient un moment. Quelques moustiques aussi ! Roulant au pas à deux mètres du bayou, nos regards fouillent roseaux nénuphars, fleurs de lotus et autres jacinthes et lentilles d’eau. Durant un long moment toujours à cinq à l’heure rien de particulier. Pour autant, l’endroit, inhabité et tranquille nous convainc qu’ici, faune et flore règnent en maître. A nouveau, nous percevons un tronc d’arbre traçant un sillage ! …
…Assurément voici ce que nous cherchons…
…Stop immédiat et appareils en batterie…
… puis un autre à quelques mètres…
… puis, là, tout au bord, la gueule hideuse d’un alligator adulte de plusieurs mètres. Ses gros yeux observent, nullement inquiété par la présence de Franky et le raffut de son diesel. Immobile et quasi invisible, de notre cabine nous avons tout loisir d’observer les bêbêtes. Un gros os de cuisse de dinde est sorti de la poubelle de midi. N’étant guère qu’à un mètre cinquante de la gueule du monstre, je lui balance l’os qui se noie dans l’eau trouble. Vif comme l’éclair, dans un remous d’enfer, le caïman plonge et ressort instantanément gueule ouverte, il fracasse l’os entre ses mâchoires démentes dans un sinistre bruit de craquement. Dentition impressionnante, on confirme. Mieux vaut ne pas jouer la dinde ! Les deux ou trois autres compères nagent aux alentours, la loi du plus fort semble être de mise.
Sensations fortes à Lake Martin
Nous progresserons sur quelques kilomètres jusqu’à un parking de terre battue. Un sentier permet de s’enfoncer au-delà de la piste carrossable. A notre regret, le sentier est fermé car les femelles alligators sont en période de ponte et cet itinéraire sillonne cette zone de reproduction. Dérangement et agressivité notoire peuvent générer des situations périlleuses. Parcourant néanmoins les rives à pieds, nous croisons un jeune pêcheur qui s’évertue à nous expliquer qu’à quelques mètres d’ici, un gros spécimen se vautre hors de l’eau en arrière d’un bouquet de bambous. Nous l’apercevrons difficilement un pied sur la rive, l’autre sur un tronc d’arbre à demi immergé (un vrai tronc, celui-ci !), encore un monstre de plusieurs mètres qui se hisse sur un banc de vase dure. Une possibilité existe de contourner ce bras mort du bayou et ainsi d’en face observer au mieux le reptile…
Un des plus gros alligators observés
En faisant route inverse nous retrouvons les trois alligators dénichés à l’aller. Descendus du véhicule pour mieux observer, nous rembarquons immédiatement en s’apercevant que le plus gros alligator du groupe s’approche à vive allure pour atteindre la rive…
…Il a dû apprécier la dinde !
Le bayou nous offre encore quelques images d’oiseaux rares, hérons bleu, ibis blanc, cardinal rouge vif etc. Nous apprenons aussi au cours de nos ballades à pieds à nous méfier dans les sous bois des gigantesques toiles d’araignées parfois tendues en travers des sentiers. Elles nous vaudront aussi quelques glaciales sensations (chapeau recommandé) et plusieurs images originales.
Quelques belles rencontres
Sans camping rustiques dans le secteur, nous rejoindrons un bourg voisin pour passer la nuit sur un parking public en arrière d’une station service. Souhaitant sillonner encore ces bras morts du grand Mississippi riches de vie étrange, nous cherchons à joindre le state park de Lake Fausse Pointe. Carte détaillée en main, un trouble va nous induire en erreur. C’est passé quarante milles (env. 70 km) qu’il faut nous rendre à l’évidence. Il n’y a pas de route carrossable de ce coté de cet immense marécage de l’Atchafalaya (retient bien, je ne l’écrirai pas deux fois !). Nous rebroussons notre chemin pour à travers la campagne et les champs de canne à sucre trouver un itinéraire par les rives Est de cet entrelacs d’eaux stagnantes et de forets inondées. En fin de journée, nous sommes enfin installés en sous bois dans le camping sommaire de Lake Fausse Pointe. Sommaire mais très satisfaisant car en pleine nature, avec quelques autres passionnés de ces lieux avec même eau et électricité pour chacun. Cerise sur le gâteau, un petit ponton en bois sur le bayou nous autorisera au petit matin de déjeuner quasiment sur l’eau et ainsi observer à nouveau deux alligators de taille moyenne chercher pitance.
Jeune alligator au pti déj ! Bayou et forêt inondée
Compagnons d’un jour
Un « nature trail » en français un sentier de rando nature est proposé. Un bon balisage est assuré. Juste trois ou quatre kilomètres. On s’embarque donc volontiers dans l’affaire. Terrain plat, plusieurs passages inondés ou marécageux sont équipés de passerelles, en somme un parcourt facile qui permet de s’immerger vraiment dans ce milieu tout de même assez hostile. C’est toutefois sans compter avec les milliards de moustiques et insectes divers qui pullulent en certain secteurs et aussi à nouveau avec ces toiles d’araignées maudites en travers du chemin. Nos vestes en moustiquaires étant restées bien rangées dans leur tiroir…
…pas bien malin, nous en prenons bonne note !
Nombre d’oiseaux multicolores agrémentent le secteur ainsi qu’échassiers divers. Les cardinales rouges découverts au Mexique il y a quelques mois sont ici légion et moins farouche encore. Le soir, lors du repas, notre voisin nous fait l’éloge de la confection de délicieux hamburgers sur un grill à bois assez original. Spontanément, nous avons droit à un exemplaire en dégustation. Pas fanatique de ce genre de menu, nous en apprécierons le geste et le goût peu ordinaire. Au final, agrémenté d’oignons, piments et herbes aromatiques, l’ensemble était très bon. Plus tard, soleil couché, en fin de repas, c’est plusieurs placides tatous qui nous tiennent compagnie fouillant le sol de leur museau corné. Des ratons laveurs apparaissent aussi de ci de là. Nuit tombante, je fais un dernier aller et retour sur la rive du cours d’eau. Un fracas de branches sèches et d’eau soudainement agitée trahissent la présence d’un jeune alligator. Dérangé, il glisse à la surface et s’éloigne en silence.
La famille ratons laveurs Tatous à profusion
Le lendemain, il est prévu de joindre l’extrémité du delta du Mississippi. Bancs de sable émergeant à peine de l’eau, marais salants et roselières ondulantes. Une route nous conduit à travers les derniers villages de pêcheurs, pour certain protégés de digues en terre, pour d’autres, bâtis sur des pilotis parfois impressionnants.
C’est Cocodrie et sa flotte de crevettiers qui va retenir notre attention. Sans prétentions, rives verdoyantes aux modestes bâtisses entre bananiers et petits appontements, ici, chacun vit de la pêche à la crevette particulièrement abondante dans le delta du fleuve.
Les crevettiers du delta du Mississippi
Au « bout du bout », existe une unité de conditionnement. Traînant la savate autour des bateaux, notre attention est retenue par deux hommes s’activant au coté d’un tapis roulant. De retour de pêche, ils trient, calibrent et conditionnent de superbes gambas encore tout frétillants. L’un des hommes, cajun pur, parle un français coloré mais compréhensible. Il prétend que notre français comporte un drôle d’accent ! Bon vivant, nous tentons de connaître l’origine de ses ancêtres. Comme beaucoup, bretons ou normands, vu d’ici, c’est vite mélangé ! Nous demandons s’il est possible d’acheter des crevettes…
__ Des chevrettes, rétorque t il.
__ … euh... yes, yes des chevrettes.
__ Combien k’t’en veux ti de livres ?
__ Eh bien… deux livres, lui dis je en expliquant que nous allons chercher l’argent au camping car. De retour, Georges nous avait préparé notre part de superbes gambas. (Crevettes en cajun se dit bien « chevrettes » !) Il refusa qu’on paye quoi que ce soit. Gênés, nous insistons mais rien n’y fera. Nous lui offrirons quelques modestes présents issus de la cambuse. Au regard de la quantité offerte, prés d’un kilo trois, nous en savourerons immédiatement une douzaine sur le grill avec toute la délicatesse requise à un fruit de mer instamment sorti de l’eau et congelons le reste. Il va sans dire que les crevettes d’élevage de nos hyper marchés européens sont, gustativement, à cent mille lieux des « chevrettes » de Georges.
George le pêcheur cajun Gambas au menu
Nous quitterons Cocodrie pour rejoindre Grande -Ile, lieux assez similaire pensions-nous. Rapidement nous nous rendons compte que si bancs de sable, roselières et bayous s’entremêlent aussi au gré du grand fleuve et du Golfe du Mexique, les habitations des crevettiers ourlés des filets qui sèchent ont cédé la place à quelques agglomérations sans grand charme à l’horizon brisé, déchiré, de laides raffineries.
Le camping complet d’un states park en bord de mer nous refuse. Au village, nous trouverons un espace pour la nuit avec eau, électricité et raccordement au tout à l’égout pour 20 $. Camping complet donc, c’est un aimable jeune homme qui s’occupera de téléphoner au coiffeur voisin qui habite proche d’ici et qui dispose de cet emplacement derrière son salon. Ainsi, nous procédons aux vidages des eaux usées et au remplissage d’eau propre.
Dans le delta on sait prévoir…
Le lendemain, quittant la mer et la foule du week-end, nous roulons vers le nord par plusieurs kilomètres de ponts de béton en voie d’achèvement. De nombreux chantiers titanesques, à l’échelle du pays, sont encore en cours suite au désastre du dernier cyclone Katerina d’août 2005. Travaux que nous retrouvons proche d’un petit camping aux abords de la Nouvelle Orléans. Digues, tranchées et bassins de rétention transforment le paysage pour la sécurité de la ville située pour partie sous le niveau du fleuve. De fait, nous découvrons les bayous proches du camping asséchés, faune et flore sont défuntes, tout est tari, épuisé et mort. Assurément, s’il en va de la survie des habitants, nous dirons que c’est un mal pour un bien.
Visiter les grandes mégapoles en toute sécurité reste toujours un souci. Le prédateur le plus redouté demeure… l’homme. Plan détaillé de la Nouvelle Orléans aux mains du copilote, nous tentons une approche du centre par un casino géant disposant sur le papier d’une grande surface de parking. Souvent les bienvenus dans ces établissements, les camping-cars disposent de places de parking spécifiques. Sauf qu’ici, les parkings, pour géants qu’ils soient sont à étages… !
… Mauvais plan…
…à travers ruelles étroites…
…si si, ça existe aux USA, notamment à la Nouvelle Orléans… !
…le hasard nous amène à traverser quelques authentiques rues aux petites maisons de bois mi créoles, mi coloniales à la grâce indéniable pour ensuite longer d’interminables docks vétustes et passer de quartiers louches à ultra modernes pour revenir au final proche du « Quarter French », le centre historique et artistique de cette ville de légende. Une rue adjacente autoriserait de stationner Franky à la journée…
…hésitation…
…on avance encore quand apparaît un écriteau « French Quarter RV resort » …
… un RV park (en français, un camping) à deux pas du centre, hyper propre, gardé, clôturé, portail à digicode et tous branchements disponibles. Le top pour l’endroit. Seul bémol, les quelques immenses RV américains rutilants, aux extensions de partout, stationnés là, laissent augurés qu’ici une carte bancaire « extra gold » reste la norme standard. Office feutré, moquette profonde et mobilier sobre, sans complexe nous demandons le prix de la nuitée…
… Ah oui…
… quand même…
…Il est vite réfléchi que si nous voulons voir un peu des nuits de la Nouvelle Orléans, c’est…
… cracher au bassinet où risquer dégradation et insécurité par méconnaissance des environs…
…quatre vingt dollars, record de Los Angeles battu !
Au final, situé à deux cent mètres du centre, nous trouverons que le jeu en vaudra la chandelle. Malgré que, renseignements pris, les rues du cimetière St Louis sont à éviter seuls de nuit. Hors, les deux cent mètres à parcourir pour sortir longent le fameux cimetière. Nous nous rassurons par le nouveau poste de police proche et par un article de notre guide favori qui prétend que le quartier déshérité voisin est en pleine mutation. Malgré tout, nous déciderons de rentrer avant la nuit noire.
Le cœur de La Nouvelle Orléans nous happe en début d’après midi. Nous sommes vite séduits par ces anciennes bâtisses aux balcons de fer forgé aux caractères mêlés d’accents créole et victorien.
Le charme de l’architecture locale dans New Orléans
A cette heure, les rives du Mississippi s’active nonchalamment, un authentique vapeur à aube accoste dans un bel air de jazz de circonstance. Véritable pièce de musée, ce navire fonctionne toujours à la vapeur pour le bonheur des touristes embarqués à la journée. Sur le quai, un saxophoniste enrichit l’ambiance de quelques rythmiques…
… Ce fût un très bel instant.
Un vénérable vapeur à aubes Sur le quai, le jazzman
Début de soirée, nous errerons dans le French Quarter peut être un peu plus dans Bourbon Street la rue mythique des bars, salles de concerts et autres placettes publiques. Si quelques groupes se produisent de ci de là dans les cours verdoyantes, nous serons plutôt déçus par l’ambiance dominante. Rareté de véritables « jazzmen » noirs du style attendu et prolifération d’une faune de second rang mi allumée, mi alcolo transpirant l’oisiveté malsaine et n’inspirant que prudence et méfiance. J’en rangerai précautionneusement l’appareil photo dans le sac à dos. Le soir, la police omniprésente arpente la rue échauffée. L’ensemble couronné par les strip-teaseuses d’occase « vêtues » d’un unique string « ficelle fluo » qui racolent sur le trottoir de sexe shop miteux. Mêlé à cela, curieusement, prolifère aussi une frime affichée et débridée, que nous détestons au-delà de tout…
…voilà, ce sera tout pour Bourbon Street !
Bourbon Streets en cours d’après midi
Françoise propose d’offrir passer la soirée sur le vapeur qui durant une paire d’heures de navigation propose une table de resto sympa et, musiciens sur scène…
… à bien y regarder, le groupe se produisant, de race blanche…
… manque pour nous de couleur !…
…qui plus est, le retour obligé en milieu de nuit nous dissuade (rappelles toi... le cimetière St Louis !).
Nous gardons néanmoins bon souvenir de New Orléans en général tout en ayant apprécié davantage l’ambiance de Memphis.
Avant de quitter la Louisiane, il est prévu de passer visiter quelques anciennes plantations de canne à sucre. Demeures cossues restaurées aux parcs plantés d’arbres ancestraux majestueux. Deux d’entre elles proposent un commentaire en français. Toujours interressant d’en apprendre un peu plus sur le passé de ces régions lointaines. Si la première à bien conservé la prestance de son auguste environnement, la seconde et son parc, propriété d’un groupe pétrolier, se trouve aujourd’hui entièrement isolée dans une immense raffinerie. A chaque époque son produit miracle générateur de fortunes. Je n’ose imaginer les sentiments ressentis si son créateur voyait ça. Le narrateur québécois ne néglige rien du rez de chaussé inondable, nous sommes en bordure du Mississippi, hier déjà, on parlait logistique, au premier étage meublé cossu et dévoué au business. En arrière, potager, verger et maisons d’esclaves (toujours et encore la fortune facile) avec, sous un préau, les prix de négociation, selon ses critères, d’un bon ou d’un moins bon esclave convertis en dollars contemporain. A sa lecture, tu te prends encore une claque dans la g… de se voir souligner que des hommes de ta race sont les auteurs de cet honteux procédé.
Soirée sur les rives du Mississippi
Maison de planteur (canne à sucre cette fois)
Qualités, défauts et prix de négoce des esclaves (en $ 2010)
A nouveau, le grand sablier du temps, main sur l’épaule, me souffle à l’oreille qu’il est temps de faire de l’Est. Ainsi, nous repassons brièvement dans l’état du Mississippi puis de l’Alabama pour, sous une pluie diluvienne entrer en Floride du nord ouest.
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