SOUS LES ETOILES DU MONDE   
      ou les voyages de Françoise et Jacky sur la planète bleue

 
 
 
Du 03 juillet 2009 au 03 août 2009
De Québec à la frontière US             

                  
    ENSEIGNE
                                                                              Québec, le château Frontenac                            
      Québec, Jacques Cartier, Champlain, Amérindiens, Acadiens, depuis longtemps ces noms évocateurs d’aventures, de découvertes animaient notre imaginaire et…
…ce matin du deux juillet deux mille neuf, non sans émotion, nous voici au marché couvert du vieux port de Québec. Franky en sécurité au parking/bus, c’est la navette qui nous a déposé ici. Les étals sont soignés, que des produits locaux, nous regretterons même ne pas acheter une superbe botte de rhubarbe en vue d’une tarte maison à bord. Trente centimètre de rhubarbe dépassant du sac à dos, pas très sérieux, mais nous le regretterons !
         
                                              Au marché de Québec
Plan en main, nous allons déambuler de ruelles en passages étroits choses rares sur ce continent. Souvent des enseignes témoignent des liens immuables qui rappellent l’origine française des premiers immigrants. C’est drôle et amusant de croiser ainsi St Malo, Rabelais et bien d’autres au détour d’une rue pavée. Dominant l’ensemble, le château Frontenac peut être finalement le seul édifice remarquable de la ville en terme de monument historique ancien à nos yeux d’européens. Celui-ci  reçoit ses hôtes huppés. C’est en fait un hôtel à deux rangées d'étoiles! 
Plusieurs panneaux d’information très bien réalisés t’expliquent tous les détails quartier après quartier. Champlain avait choisi de créer Québec sur cette falaise à des fins stratégiques, dés lors aujourd’hui, tu rames comme un malade si tu veux tout voir, ça grimpe partout ! Nous nous étonnons devant une immense façade décorée en trompe l’œil d’époque où tu retrouves tous les personnages illustres ; manque mon équipière ; nous rectifions immédiatement, elle choisira la compagnie de Félix Leclerc. (A chacun de voir sur l’image ou commence la réalité et ou finit l’imaginaire). Chapeau bas pour les artistes auteurs de cette réalisation.
                    
      Mon équipière en compagnie de Félix Leclerc devant le marquis de Dufferin et Samuel Champlain aux hautes bottes.
L’après midi, un guide de l’office du tourisme nous fera une visite commentée de la vieille ville. Toujours très instructif, il nous compte l’histoire complète du Québec des découvreurs au commerce des fourrures suivi de ses affres éternels entre anglais et français.
A l’arrêt du bus, une jeune fille entame la conversation, on explique, elle nous suggère une halte sympa pour les campings car à Saint Anne de Beaupré petite localité de la rive nord du fleuve. Toute dévouée à sa sainte patronne, la ville vit autour de sa magnifique basilique de granit qui n’a pas encore eu les siècles d’histoires européens pour l’éroder tant elle paraît neuve. N’oublions pas qu’ici, l’Histoire ne débute guère avant le XVI ou XVIIème siècle. Un immense terrain en bordure du ST Laurent est mis à disposition des « pèlerins ». Nous voici donc ainsi nommés puisque stationnés au milieu d’une kyrielle de caravanes et camping cars américains plus monstrueux les uns que les autres.
Où est donc passé le « pèlerin » son bâton et sa pèlerine ?
Hier encore, sa silhouette presque familière, n’est ce pas un voyageur ?, m’apparaissait encore dans quelques pensées floues et attardées d’un autre temps. L’espace d’un moment, j’hésite entre tristesse et bonheur d’occuper sa place…
… Puisse t il réapparaître un jour…
Entre averses et pluies diluviennes nous visitons les lieux, les « marchands du Temple » alignent leurs objets religieux à foison, l’auberge de la basilique copie l’architecture gothique, nous trouvons d’un goût douteux. Peu d’autre balade sinon le chemin de croix assez monumental dans une verdure toute québécoise. Et ô surprise, gravé sur les socles, nous découvrons que ces énormes statues de bronze proviennent de Vaucouleurs dans la Meuse en Lorraine !  
Les chutes de Montmorency en bordure de route, signalées sur les guides méritent une escale. Nous sommes un peu surpris d’avoir à payer le stationnement, ça sent l’usine à touristes, Mais bon…
…Faut savoir ce que l’on veut, nous ne sommes pas les seuls à vouloir découvrir ces merveilles du monde. Montmorency pavoise d’avoir des chutes plus hautes que Niagara (env.80m contre 50m). On oublie de comparer leurs largeurs! Un sentier puis prés de trois cent cinquante marches d’escalier permettent de jouir d’un spectacle inoubliable juste en face des chutes. D’ailleurs, les cirés sont de rigueur et appareils photos ou caméscopes sont à protéger du brouillard pulvérisé par ce fracas de milliers de mètres cubes d’eau qui s’écrasent ainsi à quelques mètres sous nos pieds. Rendu en haut, une passerelle permet d’observer l’importance de la rivière qui, en limite de falaise, s’abime bruyamment dans le vide. Nous garderons bon souvenir de l’endroit malgré la pluie qui vient couronner l’ensemble.
                                       
                                                   Les chutes de Montmorency (sous la pluie!)
Déborah, une amie de St Cyp nous avait vanté l’île d’Orléans sur le St Laurent. L’immense pont est devant nous, nous suivons son conseil et en ferons le tour à petite cadence. Effectivement, campagne douce, résidences adorables sans luxe ostentatoire sous les frondaisons émeraude. Souvent, en bordure de route, nous remarquons de petits panonceaux rappelant honneur et souvenir des aïeux des résidents, ces immigrants aventuriers courageux venu défricher ce continent prometteur. Dans l’intérieur, des champs de fraises. Nous ne manquons pas d’en acquérir un litre et nous en régaler…
…Eh oui, l’unité de mesure des paniers n’est pas le kilo mais le litre !
Seul bémol pour l’île d’Orléans, il y a plu à saut toute la journée !

                
             On n’oublie pas…
Un peu plus tard, faisant route vers l’est, une escale nous fait découvrir une activité inhabituelle dans ce bourg anodin. Un club de passionnés organise un défilé de voitures anciennes. Sont alignés prés d’une centaine de merveilles rutilantes aux noms évocateurs que nous avons tous entendu il y a quelques décennies…
… Cadillac, Chevrolet, GMC, Ford Mustang, Oldsmobile et autre Studebaker,  ronronnent de leur V8. Nombre de capots sont ouverts afin d’y découvrir des mécaniques entièrement chromées comme il n’est pas permis. A noter que certains modèles tiennent plus de la réplique méticuleuse que de la voiture d’époque. Quelques concurrents poussent le vice jusqu’à, pour l’un, équiper sa Mustang d’un capot vitré, son voisin, de disposer d’immenses miroirs sur le sol sous le véhicule afin de mieux montrer les dessous clinquants de la belle. Diverses Harley de ci de là, le shérif et son auto, l’ensemble baigné de musique country, tu devines l’ambiance.
          

                                 

     
                                Chromes et laques irréprochables, du très beau travail
Reprenant notre route, sur un site d’observation de la rive sud du grand fleuve, un ornithologue nous vante le parc national du Bic. On ne peut pas faire tous les parcs nationaux d’Amérique, on va finir par se lasser et mettre quinze ans pour réaliser notre projet ! C’est pourtant ainsi qu’en fin de matinée du lendemain dominant l’environnement, notre attention est attirée par une presqu’ile sauvageonne au rivage rocheux découvert. La marée est basse, rien de plus pour justifier une escale prometteuse. En fait nous sommes à l’entrée du parc du Bic. Installés, repas frugal, sans traîner, à une petite heure de marche, un lieu d’observation de phoques gris est animé par un guide naturaliste.
Faut pas rater !
Jumelles, caméscope, appareils photos, trépied, toute l’artillerie et sollicitée. Plusieurs spécimens sont vautrés sur des roches affleurentes à bonne distance. Période de mue, la guide naturaliste explique qu’ils ont besoin de se chauffer au soleil pour accentuer le phénomène et ainsi bénéficier bientôt d’une nouvelle fourrure bien épaisse pour affronter l’hiver. Les zooms seront de rigueur, la distance est importante et il est déconseillé de les approcher plus prés afin d’éviter tout dérangement. Les québécois sont très précautionneux de leur faune.

         
                                                         Les phoques gris du Bic et les eiders à duvet
Sur place, nous remarquons un couple à « l’accent français », la conversation s’engage et se poursuivra autour d’un pot à bord de Franky. D’origine suisse, en voyage itinérant individuel, logé ici dans une yourte, hier sur des rochers du Saguenay à observer et écouter les baleines,  ils rêvent un jour de réaliser un projet équivalent au nôtre. Ils s’informent précisément des démarches utiles à l’achat du véhicule ainsi que moult détails administratifs associés à un tel projet. Valérie a les yeux qui s’allument à la découverte de notre intérieur. Les enfants jubilent. Nous leur souhaitons de tout cœur réaliser leur rêve un jour.  Ancien transporteur routier à son compte, Alain me conforte dans le trio composant la base de notre engin : Châssis Freigtliner, diesel Cumins et boite Allison. Le top du top certifie t’il. Guy, ami de longue date, un ancien des travaux publics m’avait tenu le même langage. Cela fait toujours plaisir à entendre au regard de la route qu’il nous reste à faire. 
L’ours noir absent des lieux, deux jours durant nous sillonnerons en toute quiétude ces sentiers à la recherche en littoral de phoques mais aussi d’eiders à duvet. Ces canards marins produisent le meilleur duvet qui soit au monde utile à la réalisation de vêtements et sacs de couchage très techniques destinés aux conditions extrêmes rencontrées aux pôles ou en très haute altitude, Himalaya et autres. Françoise rivée aux jumelles, c’est à marée basse, dissimulés dans les rochers, à quatre pattes dans les algues qu’il nous sera permis d’en filmer une petite colonie dont plusieurs canetons pédalant derrière la maman. Nous resterons discrets, une fois dans l’objectif, nous reculerons précautionneusement les laissant ainsi en paix. Il est vrai que si nos arrières petits enfants veulent un jour voir ces spectacles il nous appartient de rester réservés en ces milieux. Le lendemain, rando en direction de l’ouest de la presqu’ile. Le sentier tranquille au début s’enhardit rapidement mais de nombreux escaliers et petits ponts en bois facilitent les passages délicats. Là aussi la forêt est d’une extrême densité, arbres morts, lichens, mousses abondantes parfois approchant le mètre d’épaisseur portent à l’émerveillement.
Un jeune lièvre est là, à dix mètres dans le sous bois. Il interrompt brièvement sa quête de nourriture, nous observe un instant puis poursuit sa recherche de pitance tout en s’approchant à moins de trois mètres. Délicatement, nous saluons, reculons et disparaissons. Quel plaisir d’en arriver là vis-à-vis de la faune sauvage.
    
                              Ami d’un instant.                          La forêt dense
Un matin, randonnant tranquille, mon regard s’interpelle sur un Lys boréal jaune vif à flan de talus. A quatre pattes dans le fouillis, objectif macro, la belle est dans la boite. Quelle n’est pas ma surprise en y regardant de plus prés d’observer au cœur de celle-ci un habitant…
… Blottie en fond de corolle une splendide petite araignée d’un jaune aussi éclatant et délicat que la fleur qui l’héberge. Pour moi, encore une merveille sur la planète. Comment imaginer pareil phénomène ?pareil couple hétéro s’il en est ? La couleur, l’un du règne animal, l’autre du règne végétal est parfaitement identique. Comment cette araignée en est elle arrivée là ? La belle et la bête, quelle vie avant, quelle vie après la floraison, éphémère l’une, éphémère l’autre…
… J’en appelle à tous, si quelqu’un peux m’expliquer, merci beaucoup par avance. Je peux rester dubitatif, perplexe et incrédule à vie devant une telle observation…
…J’étonne, certes, mais je suis ainsi, Françoise un peu aussi.
          
                                                                 Quel heureux couple…
Bientôt, nous faisons route toujours vers l’est en suivant le fleuve géant. Le St Laurent atteint une telle largeur que la rive d’en face s’est perdue. Nous sommes pourtant encore à plusieurs centaines de kilomètres de l’embouchure. La côte est rocheuse, l’estran évolue au fil des marées déjà sensible ici, une escale ou deux en bivouac nature nous offre des nuits paisibles aux matins cools.

           


                Sur les rives du St Laurent
Les panoramas rappellent un peu la Bretagne. Durant plusieurs jours, il nous sera permis d’observer des multitudes d’oiseaux marins, des phoques et des baleines.
                
              
Sur les rives du St Laurent (bis)
Matane, ville moyenne nous autorise une halte sympa sur les rives du fleuve en arrière de surfaces commerciales qui vont nous assurer une couverture wifi efficace. Courrier électronique et coups de téléphone par internet seront à l’ordre du jour. Accordons nous néanmoins une visite des quais de cette ancienne cité portuaire de la grande époque de la morue et des fourrures. Un barrage est équipé d’une « échelle à saumons » abritée et vitrée qui permet d’observer la remontée des poissons à leur lieux d’origine afin d’assurer la reproduction de l’espèce. Intéressant certes mais toujours et encore quelques dollars à débourser. Nous en aurons pour notre argent dirons nous, quand un saumon de plusieurs kilos va passer devant nous. Un homme explique que les poissons sont ainsi comptés journellement afin de surveiller le bon équilibre du milieu. A noter que sur plusieurs centaines de kilomètres, chaque affluent du St Laurent est une nurserie à saumons.
Les jours suivants nous autoriserons quelques belles escales le long du fleuve assorties de jolis couchers de soleil.
Un petit crochet dans l’intérieur d’une centaine de kilomètres nous amène à nouveau en moyenne montagne au parc national de Gaspésie. Mêmes règles, dormir impérativement dans les campings et respecter les consignes. Au final, un bel emplacement nous est attribué. Y entrer Franky relève un peu de la précision horlogère. Chaque arbre sera négocié au mieux et tout se passera bien. En arrière, une table de pic-nic, un emplacement barbecue invite aux grillades. La tente en moustiquaire indispensable en ces lieux encore jamais expérimentée est vite installée. Reste le feu…
…Interdiction absolue de prélever du bois en forêt…
…Normal, mais y compris le bois mort ! Le sol en est jonché de partout, à dix mètres en arrière, la forêt est inextricable mais…
…pas touche ! Ce n’est pas la première fois que nous observions les campeurs faire leur feu avec de belles buches de bois sec achetées en sachet plastic. Un comble quand on sillonne un pays aussi immense couvert à 80% de forêt. Nous avons donc pris beaucoup sur nous pour nous rendre à l’accueil et acheter pour sept dollars un paquet de belles buches de bouleau calibrées assorti d’un paquet d’allume feu. Eh oui, pas touche aux brindilles pour allumer c’est un délit !
Au menu, saucisses grillées et salade de pommes de terre…
… Imagine le bois du feu coûte plus cher que les saucisses !
J’exagère, le sac nous fera tout de même trois barbecues et les saucisses quelques bouchées.
 
     

                     Barbecue, tente anti moustiques et sept dollars de bois !
A ce tarif, le lendemain, les bûches partiellement consumées sont promptement récupérées. En après midi, une balade aux alentours nous conduit en bord de route forestière sans grand intérêt manière de se dégourdir les gambettes. Feuillu dense et demi-marécage, peu de fleurs…
…je stoppe net…
…retient instinctivement ma voisine…
…Là, à trois mètres en contrebas, sous les branchages, un remous vigoureux dans l’eau stagnante m’interpelle, vite cadrer, clic, clac rapide…
…Un superbe orignal, surpris à brouter quelques plantes semi-aquatiques. Déjà un beau spécimen. Il va se retourner sans hâte pour s’enfoncer dans la pénombre du sous bois. Juste le temps de déclencher trois fois à la volée pour des images douteuses. Françoise a la chance d’appuyer deux fois avec un meilleur cadrage et c’est tant mieux.
Sauf que…
… A décharger dans l’ordinateur, il nous reste une micro séquence vidéo de trois demi-secondes. Because, son appareil, par inadvertance en fonction vidéo, un premier déclic enclenche, le second arrête ! Résultat, au lieu de deux photos successives, tu te retrouves avec un film ridicule.
Le lendemain une petite rando est au programme de difficulté et dénivelé moyen. Le casse croute dans le sac, nous sillonnons à travers bois et cascades. Des buissons d’azalées en fleurs s’étalent sous nos yeux. Arrivé au belvédère prometteur, la vue s’étend sans fin sur la forêt, dommage qu’un énorme complexe hôtelier juste en contre bas ne gâche le spectacle. Contrariés, pas de photos ! Par contre un banc permet de bien s’installer pour le casse croute. Une petite équipe de joyeux lurons nous tiendra compagnie et feront causette. Nous parlons même navigation, ce sont aussi des voileux. Au retour, repas du soir conclus rapidement, une conférence sur les caribous est prévue au centre d’information du parc à deux kilomètres d’ici. Désireux d’aller observer ces animaux le lendemain au mont Jacques Cartier situé dans la plus haute partie du parc, nous nous rendons au rendez vous prévu vers dix neuf heures trente. Nous écouterons avec attention et le naturaliste nous libère une heure plus tard. Seulement, la nuit est tombée et deux petits kilomètres à pied en pleine forêt canadienne par nuit noire, qui plus est, dans un sanctuaire de la faune sauvage, avec juste une lampe torche, crois-moi tu bas tous tes records de marche rapide !
Le lendemain, mon équipière souffre de son genou, la rando un peu escarpé de la veille se fait payer au comptant. Partant du principe que le caribou n’est ni plus ni moins que le renne européen que nous avons vu par dizaines en Laponie en 2001, nous déclarons forfait pour le mont Jacques Cartier et ses hôtes pour faire route et progresser un peu.  
Approchant de la réserve faunique de Matane, dépliants et guides vantent la présence de nombreux orignaux en arrière pays dans les contreforts du massif des Appalaches…
… On veut voir et ramener des photos !
Renseignement pris, le meilleur guide du pays semble t il (ce sera vrai) se propose de nous y conduire en 4X4. Le coût non négligeable nous fait hésiter un peu, mais finalement, rendez vous est pris pour quatorze heures. Les lieux d’observations étant assez éloignés, passé l’approche, les orignaux se montrent discrets. Deux sites déserts nous laissent perplexes. Francis, est tendu, il veut nous satisfaire, il explique, raconte, parle de ces animaux avec une passion rare. De piste forestières en chemins défoncés, nous passons de sous bois en zones déboisées sans le moindre indice. Demi-tour, Francis se dirige vers des lacs souvent fréquentés par ce gibier. Stationnés sous le vent du lieu, l’odorat des bêtes est toujours très développé, l’approche doit être discrète, il faut toujours veiller à éviter l’effet de surprise. On ne claque pas les portes et on ne communique plus que par gestes. Francis en tête, nous suivons silencieusement. D’un geste…
…Stop …
…Là bas…
…à cent mètres, à demi immergé, une masse foncée se distingue en arrière de très hautes herbes. Occupé à brouter ses plantes d’eaux favorites, il aurait put passer inaperçu pour les néophytes que nous sommes. Dés lors, jumelles, trépied et zooms en faction, il suffit d’un peu de patience pour que l’animal redresse la tête et lui tirer le portait. A distance, un couple en canoë est occupé à pêcher sans qu’il s’en émeuve. C’est déjà un beau spécimen adulte. Nous l’observerons un moment quand, à l’opposé du petit lac, un autre adulte apparaît tout aussi imposant. Rappelons qu’en taille, c’est minimum l’équivalent du cheval, donc respectable et impressionnant. Il a fière allure l’animal. L’environnement est conforme aux images sur papier glacé des beaux livres, c’est enivrant…
… quelques clichés…
 … laissons-les en paix.
 
       Sur la piste des orignaux
Lac suivant, l’orignal est absent par contre, l’œil avisé de Francis nous fait découvrir à la cime d’un grand arbre un magnifique aigle pêcheur. En fait, un balbuzard pêcheur. Ce rapace à lui aussi bien fière allure, son envergure peut atteindre un mètre quatre vingt ; ne manquons pas d’en faire quelques belles images. Le temps passant, Francis décide de monter un peu en altitude en empruntant un dédale incroyable d’anciennes pistes forestières plus ou moins abandonnées, envahies d’arbrisseaux parfois plus hauts que le 4X4. L’érosion à œuvré sérieusement sur un passage étroit, la majeure partie de la piste à été emportée à la dernière fonte des neiges. Le guide présente le véhicule avec précaution, la carrosserie débordant du passage, avant de s’engager, il descend voir si les roues sont bien alignées sur ce qui reste de pierraille, puis première et vite nous voici passés ! A postériori, il nous contera que ses précédents clients ont souhaité descendre de la voiture avant le passage ! Un nouveau lieu d’observation est proche. Un orignal est présent dissimulé dans le feuillu. Surpris et apeuré, il détale sur le champ. Arrivé à flan de montagne, nous stoppons et Francis nous propose un pic-nic sur cet espace dégagé permettant durant ce temps une observation des lieux. Table, chaises, réchaud et glacière sortent du coffre .Il va ainsi nous cuisiner de la viande d’orignal de sa chasse avec une sauce au vin et quelques jeunes légumes qui vont réveiller nos papilles d’européens. Fin de repas, ciel triste et quelques gouttes nous invitent à ranger et poursuivre nos recherches. Début de soirée, le jour s’effrite, c’est le meilleur moment dit le guide ; mais il pleut, dés lors, les animaux vont rester à l’abri dans la forêt, difficile pour nous de les apercevoir. La pluie ne dure pas, Francis prévoit que si la pluie s’arrête, ils vont sortir à découvert car le goutte à goutte des arbres va les faire bouger. Roulant au pas, en lisière éloignée, une bête est aperçue. Aux jumelles, c’est une grande femelle et son petit à la robe claire. Quelle belle image que voici encore. Peu de temps après…

                         
                          Un jeune mâle aux bois bien formés
…Stop immédiat, un jeune mâle aux bois déjà bien formés est là à cinquante mètres, en travers de la piste. Pas un geste, il nous observe, s’inquiète mais Francis l’appelle en imitant le râle des femelles en chaleur ! A plusieurs reprises il nous fera le coup, l’animal est de ce fait remis en confiance et va jusqu’à s’approcher un peu. C’est vraiment spectaculaire. A un moment donné, son odorat va faire la différence et là seulement, il va disparaître. Plus tard, à la tombée du jour, une dizaine d’observations auront à nouveau lieu jusqu’à un jeune qui pour s’enfuir, trouvera que la piste lui convient. Francis se garde bien d’essayer de le dépasser de peur de le blesser, nous allons le suivre à petite vitesse ainsi durant un bien long moment.
Le retour se fait à vingt deux heures trente, un peu meurtri par les heures de trépidations en 4x4 mais ô combien satisfait de cette journée.
Quelques petites étapes gentilles vont nous mener vers une des extrémités de la Gaspésie, le cap Gaspé, éperon rocheux se dressant fièrement au dessus de l’océan. A nouveau en territoire protégé, c’est aussi un parc national. Les falaises de l’endroit sont un sanctuaire pour les oiseaux marins et certaines étoiles de mer. Celles-ci, par définition, nécessitant une observation en plongée nous « zapperons » rapport aux quatorze petits degrés Celsius de l’eau !
Roulant au pas sur la petite route d’accès au parc, à nouveau, les deux pieds sur le frein !
      
 Tranquille, sur le bas coté à s’empiffrer les fraises des bois
A cinq mètres sur le bas coté, parmi fougères et fraises des bois, un ours noir est là, à brouter marguerites et pissenlits ! Pas du tout impressionné par Franky, tête levée, il replonge le museau dans la verdure. Presqu’un ourson, mignon mais pas vraiment une peluche ! Un jeune d’un an environ.  Nous gardant bien de sortir du véhicule, nous aurons tout loisir de filmer et photographier l’animal. Plusieurs voitures vont s’arrêter en face, observer et photographier la bête, circulation bloquée, jusqu’au moment où l’individu décidera d’un coup de traverser devant nous pour aller gambader ailleurs.
Belle entrée en matière pour le parc Forillon. Sans perdre un instant, en rive nord, nous empruntons le sentier menant au belvédère installé sur un éperon rocheux permettant ainsi une très belle vue sur les colonies de mouettes tridactyles, fou de bassan, guillemots et autres petits pingouins nichant dans les failles. Pic nic sur place, nous en ramenons de belles images. L’après midi, belle rando d’une paire d’heures sur la rive sud du cap, soleil radieux, bronzing sur la plage des Amérindiens. Trépied et appareil photos en faction, phoques et baleines jouent à cache-cache parfois à courte distance mais souvent assez loin.
                            
                                                  Petit pingouin dans la falaise          Azalées sauvages
Entrés en rive nord du parc, nous quittons les lieux assez tôt le lendemain pour mieux nous installer et  explorer la rive sud. Sur les cartes, une ballade pédestre intéressante est tracée jusqu’au cap Gaspé. Casse-croute, sifflets, clochettes et bombes à ours dans les sacs, on s’engage dans le sentier balisé. A la fois en bord de mer et en sous bois sombre, un peu seuls sur le parcours, nous actionnons activement les fameux sifflets et clochettes à ours ; hier matin nous avons bien eu l’assurance de sa présence ici. A quinze minutes de marche, à un détour pierreux, déposé là au milieu du passage un beau crottin d’ours tout frais !
…Conseil de guerre…
…Il est décidé de ne pas poursuivre par cette voie, trop dangereux. Le sous bois est dense, tu n’y vois pas à vingt mètres, le sentier pierreux est étroit et sinueux donc pas de visibilité et pas de possibilité de retrait aisé. A petite distance, une piste à VTT utilisée aussi par les pick up des gardes menait aussi au cap. Plus claire et dégagée, nous reprenons notre progression par cette voie. Devant, derrière, d’autres randonneurs sont présents. Cette piste va nous offrir des vues magnifiques sur la baie permettant à nouveau d’observer à plusieurs reprises phoques rigolos et baleines furtives. Une heure avant l’arrivée au cap, cent mètres en contre bas, une ancienne maison en bois présente un bel espace pour la pause casse croute. Un petit sentier tracé dans les hautes herbes y mène. A peine vingt mètres, « rebelote », un gros crottin frais ! Vue dégagée, certes, mais les herbes sont très hautes, des buissons éparses et plusieurs bouquets d’arbres ça et là sont autant de facteurs que l’ours ou pire, des ours, peuvent apparaître de gauche de droite, devant, derrière va t en savoir…
…Les sandwiches attendront. Nous reprenons notre piste à VTT un moment et croisons une jeune femme américaine qui essaie de nous indiquer qu’au cap, un ours est présent et divague.
__ Ok merci beaucoup.
Sur nos gardes, plusieurs randonneurs sont en avant, trois autres sont en arrière. Il est reconnu qu’en nombre face à ces animaux, c’est lui qui recule. Nous poursuivons donc notre chemin. Encore une centaine de mètres le pick up des gardes surgit de l’arrière et nous avise qu’ils vont intervenir au cap rapport à cet ours pas facile paraît il et qu’il serait mieux de redescendre. Ils connaissent bien le spécimen qui manifesterait de temps à autres une certaine agressivité, trop souvent déranger dans ce qui est son territoire et non le nôtre.
Ok, compris, nous n’insistons pas.
Bientôt, un banc accueillant pour le casse croute se présente et nous observons tous les randonneurs faire route inverse suite aux conseils des guides. Il est vite réfléchi que si tous s’en vont et que l’on s’installe ici pour manger un morceau, on risque de se retrouver bien seul. Qui plus est, si les guides traquent le bestiau, celui-ci, de ce fait, fort contrarié, risque de ne pas nous manifester beaucoup de sympathie s’il lui vient à l’esprit de dévaler par ici!
Une barre de céréales et en route…
… Dommage pour la vue au cap mais en l’espèce, nous conviendrons qu’il y a cas de force majeure. Content tout de même de cette belle balade aux panoramas grandioses. Peu escarpée la piste permettait à mon équipière…
…Nom de D…          
…halte…
…sans mot dire, je saisis Françoise par la manche d’un coup, sans bruit…
…Là, à cinq mètres devant nous, sur le bas coté une masse velue …
… Un ours noir encore…
… En rando, tu fais moins le malin que derrière ton pare brise d’autobus… !
…Pas de panique, rester calme et essayer d’appliquer les consignes…
…la bête semble fort occupée à fouiller le sol, elle s’est certainement rendu compte de notre présence. Laissons donc faire un moment. Quelques clichés tout de même tout en surveillant les réactions de l’animal au travers du viseur, celle-ci reste calme et bien occupée, je n’attendrai pas quelle pose, peu importe. Françoise à préparé sa bombe sans paniquer, nous avons reculé de quelques pas, tout devrait bien se passer mais pour l’heure, seuls, hors de question de forcer le passage. Une ou deux bien longues minutes passent, quatre personnes arrivent en arrière, quelques signes bien compris, nous voilà regroupés à six personnes, Comme déjà dit, il est reconnu que l’ours noir n’attaque jamais un groupe. Les rares accidents connus ont toujours eut lieux sur des personnes isolées. Progressivement, nous manifestons notre présence en parlant à voix haute, Françoise joue du sifflet comme jamais, l’ours va se relever et faire quelques pas dans le talus pour observer passer ces intrus. Nous le guetterons bien au passage car il va rester là, à dix mètres sous un bosquet ses gros yeux brillent au milieu de sa « tête d’ours »…
…impressionnant et souvenir assuré.
      
  A cinq mètres devant, belle image, mais… chaud tout de même !
Le casse croute aura finalement lieu sur une table de pic-nic proche du parking dominant la mer avec vue sur les baleines de passage.
A petite distance sur la route côtière, une ancienne boutique très XIXème et bien conservée est ouverte au public au titre de musée. L’intérieur est reconstitué dans le moindre détail, matériels, matériaux et produits d’époque sont alignés sur les rayonnages. La conservatrice est vêtue aussi XIXème et t’explique la vie de ces pionniers, pêcheurs de morues et trappeurs commerçant les fourrures. Sont exposés aussi tenues de pêcheur, cordages de chanvre, caisses de clous galvanisés, à remarquer le seul médicament disponible à l’époque l’« Huile Eclectrique »du docteur Thomas. A lire l’emballage, bon pour tout ce qui peut t’arriver ainsi qu’aux chevaux ! Au sous sol, en stock, barriques et caisses bois de toutes natures mais aussi le coffre fort emmuré des propriétaires.
Jours suivants, reprenant la route vers le sud, c’est sous une pluie battante ininterrompue assortie de bancs de brouillard que nous pestons grave. Quelques déchirures nous laissant apparaître une côte rocheuse assez fabuleuse. A l’escale, un œil sur la carte générale nous situe quasiment en face de Terre Neuve, ne nous étonnons plus !
A plusieurs reprises, on nous avait vanté le cap Percé et l’île de Bonaventure notamment un photographe animalier rencontré à Forillon quelques jours plus tôt. Classé parc national l’île abriterait la plus grande colonie mondiale de fous de bassan.
Chemin faisant, nous devinons au travers du rideau pluvieux les derniers soubresauts verdoyants des Appalaches qui viennent se jeter à la mer créant ainsi un relief forestier marqué assorti de roches rouges façon Esterel du plus bel effet. Dommage, surtout pour les derniers kilomètres en côtiers particulièrement escarpés. Plusieurs descentes rapides affichent fièrement dix sept pour cent de dénivelé! Avec les douze tonnes de Franky, frein moteur efficace et prudence extrême de mise, tout se passera bien.

  
  Percé la bien nommée.
Au comité d’accueil donc, pluie dense et brouillard londonien à Percé. Malgré cette météo exécrable, la bourgade est très animée, la circulation dense comme jamais, motels, restos et marchands du temple se chevauchent, nous comprenons vite qu’il sera difficile de s’installer gratis sans cracher au bassinet d’un camping. Après les immenses territoires inhabités du nord, cette densité humaine subite choque un peu nous laissant perplexe. Ces événements nous conduisent au « camping du phare » autant dire face mer…
…Sauf que, notre référence de chaque jour, l’objectif premier de tout baroudeur sur la planète est absent…
…Plus de repères…
…Plus de ciel, plus de mer, même la Terre sous tes pieds paraît disparaître, le grand astre du jour aussi…
…L’horizon ???
…Ici, pas d’horizon, c’est « jour blanc »…
…voir blanc gris…
…Un ange à tout peint d’un délicat gris perle remettant l’homme à sa petitesse.
Blotti dans notre cocon, les instants suivants s’allument permettant une petite balade au village sous un parapluie pour deux. Une couverture wifi au camping permet de relever courriers divers et donner des nouvelles en France.
Au matin du lendemain, horizon de retour, le ciel nous invite à répondre à l’appel de l’île de Bonaventure et ses fous de bassan. Un navire traversier quitte le quai, met d’abord le cap sur l’îlot de Percé qui porte bien son nom. Encore une splendeur géologique pas unique mais rare. Immense falaise abrupte percée en face nord d’une arche gigantesque où pourrait y rentrer un immeuble de dix étages. La couleur rouge vif des roches ajoute sa note d’exception. Nous avions eu le privilège d’observer pareil phénomène en Norvège et à Capri. Moteurs à plein régime, Bonaventure se profile bientôt, le pilote s’approche des falaises pour notre émerveillement devant, au bas, des phoques qui se prélassent et, agrippés aux failles des roches des milliers d’oiseaux qui nichent ici à la belle saison. A nouveau, guillemots, petits pingouins, macareux moines plus discrets et la vedette des lieux les fous de Bassan par millier tournoient au dessus de nos têtes et plongent hardiment à la recherche de nourriture pour la marmaille qui piaille à flan de falaise. Houle formée, le bateau bouge pas mal les prises de vue photo et vidéo sont assez sportives. J’aurai les baskets trempées pour la journée par un paquet de mer vicieux qui s’invite sans protocole sur le pont du petit navire. Tour d’observation effectué, nous débarquons à un petit quai de bois et partons par un sentier au travers de l’île afin d’approcher au mieux les lieux d’observation de ces oiseaux de mer. Une heure et demie de marche plus tard, plusieurs tables de pic-nic sur un dégagement herbeux accueille les marcheurs. Un naturaliste est présent à heures fixes et enseigne avec passion sont savoir sur cette exceptionnelle colonie de fou de bassan stationné ici. C’est en effet soixante mille couples sans compter les juvéniles qui sont ainsi installés juste là devant nous. Un simple cordage nous sépare de moins d’un mètre de la colonie qui tapisse littéralement le sol à perte de vue sur des centaines de mètres carrés, le flan de la falaise ne pouvant pas accueillir tout le monde. Courants marins et proximité de l’estuaire du St Laurent fournissent des eaux riches en nutriments ainsi, bancs de harengs, capelant, maquereaux abondent et assurent la pitance de tous. Il va sans dire que cela caquette de partout, les derniers potins se commentent, ça roucoule amoureusement, des conflits se règles, la jeunesse s’éclate. Décollages et atterrissages hasardeux déclenchent des concerts de contestations aussi bruyants que vigoureux. Aucun souci vis-à-vis des visiteurs que nous sommes, à chacun de respecter sont territoire de chaque coté du cordage et tout va bien dans le meilleur des mondes ! C’est absolument fabuleux d’approcher à moins d’un mètre ces oiseaux sans artifice aucun et sans les perturber le moins du monde. Passé la pause casse croûte, des baladoirs en bois permettent d’observer la colonie en divers endroits toujours sans déranger ces hôtes. De nombreux nids abritent encore des jeunes poussins duveteux qui n’hésitent pas à rentrer la tête complète dans le gosier de la mère afin de la faire régurgiter le poisson pêché en plein mer. Plusieurs heures passeront ainsi avant de rejoindre par le sentier du tour de l’île le quai d’embarquement.
 


                  

   


            Entre 120 et 150 000 fous de Bassan sur l’île de Bonaventure
Les jours suivants nous voient faire route vers le sud tout en longeant la côte de la Baie des Chaleurs en direction de la province canadienne  du New Brunswick. Un petit arrêt à Miguacha pour visiter et écouter une jeune naturaliste québécoise sur ce site riche en fossiles. La zone francophone s’achève avec regrets, toutes ces informations dans les musées et parcs nationaux diffusés au Québec sans compter sont pour nous une véritable mine d’or. Il n’en sera bien sûr pas de même sur le reste du continent.                   
                               Pas d’équivoque, nous sommes bien en Acadie.
Surpris par de nombreux drapeaux français, une meilleure attention nous fait observer une étoile d’or en haut à gauche ; et oui, c’est le drapeau acadien, tricolore avec cette étoile dans le bleu. Il est partout, dans cette partie du Canada, on est d’abord acadien et on l’affiche. Tout comme les québécois d’ailleurs. Partout les couleurs sont reproduites, sur les balcons, les toitures, les clôtures, dans le gazon et même aux pieds des poteaux téléphoniques le long de la route. Lors d’un plein de gasoil, le pompiste apprenant que nous venons de France explique qu’ici aussi, chacun à un aïeul normand, breton, poitevin ou autres. D’ailleurs, au camping de Percé, le patron nous a présenté son arbre généalogique indiquant qu’il était le huitième descendant d’un certain Jean Maire, colon breton débarqué ici il y a bien longtemps. Faisant route côtière, nous passons une escale sympa sur un quai de port de pêche aux homards. Dommage, ici, cette pêche n’ouvrira qu’au quinze août. Nous échangeons quelques mots avec un couple de pêcheurs, nous apprendrons que rien que dans cette grande baie, en saison il peut y avoir jusqu‘à six cent bateaux à déposer des casiers à homards. Sur cette côte, c’est une vrai industrie, les publicités foisonnent, restos, viviers, exportateurs, tout fonctionne grâce au homard. On espère pour l’espèce des stocks bien gérés. Avant la saison, les bateaux sont nombreux en cale sèche pour caréner, quelle ne sera pas notre surprise de voir l’un d’entre eux entreposé dans une église ! Désaffecté, l’entrée grossièrement élargie, la voici transformée en chantier naval. Le bisness l’emporterait il sur les voies du seigneur ici bas ? Ne l’oublions pas, nous sommes en continent nord américain et le roi du lieu reste le dollar qu’il soit US ou canadien. Le Seigneur tient néanmoins une grande place mais nous avons du mal à trouver nos repères avec notre Seigneur européen dans la pléthore d’églises de confessions multiples présentes ici.

            
Mais qu’en dit donc Dieu ?
Depuis peu, nous avons quitté la province du Québec pour le New Brunswick. Mon équipière regrette déjà son Québec adoré. Il nous faut faire route. Les jours et les semaines défilent à l’affolement et nous commençons à penser que l’Alaska à six ou huit milles kilomètres d’ici sera plutôt pour 2010. Cette région inhospitalière et australe se doit d’être abordée en début d’été pour la parcourir en toute sérénité. Inutile de galoper et griller des étapes donc, tant qu’il y a autant des merveilles à découvrir sur cette côte Atlantique.  
Bouchtouc, petite escale, une longue dune littorale de plusieurs kilomètres est signalée comme étant un sanctuaire d’oiseaux migrateurs. Un sentier y est aménagé. Un peu déçue pluie et absence des oiseaux nous feront passer vite. Idem pour le lieu suivant un peu de même configuration sauf que, soleil revenu, la multitude de vacanciers au bain font que l’on se croirait plus à Disney-parade qu’en zone naturelle.
Dirigeons nous plutôt vers le site d’Hopewell Rocks rendu célèbre pour son marnage le plus fort du monde, paraît il. En vives eaux, celui-ci peut atteindre neuf mètres et qui plus est, une falaise gréseuse rouge vif érodée depuis des millénaires par ce puissant phénomène présente des roches énormes détachées et isolées sur la plage à marée basse comme nulle part ailleurs. Les mesures de sécurité sont claires, il est impératif de respecter les horaires des marées sous peine de rester coincé sur le site à marée montante. Des gardes sillonnent en permanence les lieux afin de prévenir tout accident. Encore une foi, nous restons ébahis par le spectacle qui nous est offert ici. Descendus sur la plage en pied de falaise sur près d’un kilomètre une multitude de très hauts îlots rouges érodés à l’extrême sont dressés à la verticale sur le sable coiffés d’un touffu toupet de pins, sapins et fougères. Ceux-ci présentent cavités et arches se jouant de la lumière et des couleurs changeantes du plus bel effet. Nous irons d’émerveillement en émerveillement à se faufiler entre ces grattes ciel version Dame Nature. Appareils photos et caméscope vont mouliner à souhait.
               
     Hopewell Rocks, un fabuleux décor
Longeant la baie de Foundy notre route nous conduit à St Alma petite localité portuaire anodine. Les petits chalutiers multicolores accrochent le regard immédiatement, posés sur fond de vase dix mètres en contrebas des hauts quais de bois. Belle image bretonne de basse marée. Marnage toujours exceptionnel, ici c’est la démesure du phénomène qui t’interpelle. Un vaste parking et nous voici à déambuler entre les quantités invraisemblables de casiers à homards entreposés sur les quais. De vertigineuses échelles métalliques scellées aux quais permettent aux pêcheurs de descendre aux bateaux à marée basse. Situé à l’estuaire d’un fleuve côtier, le lit de celui-ci présente à chaque basse mer les dessous de son intimité la plus profonde. Un reste d’eau limoneuse sillonne jusqu’à l’océan dans un monde de vase à perte de vue. Au loin, quelques chalutiers de retour de pêche sont mouillés dans l’attente des hautes eaux pour entrer au port. Ancien navigateur voileux, j’imagine les contraintes de navigation de cette région à bord de nos voiliers de plaisance. Les courants faramineux qui règnent ici assortis des fréquents bancs de brouillard dissuadent plus d’un candidat. Avant la ville, en sortie de quai une poissonnerie accueillante s’ouvre à nous. On aurait peut être pas dû pousser la porte… !
…Que du homard …!
…Du vivant, du cuit quasiment devant toi, du petit, du gros, enfin du homard partout ! Affichés individuellement sur chaque pince à prix canon, moins cher que bien des poissons courants de chez nous, comment résister ? Pour une poignée de dollar, dans le journal de la veille, la vendeuse taillée Terre-neuvas nous emballe une belle bêbête de prés de deux kilos. Soirée sympa en perspective.
      
Le port homardier d’Alma 

   Quand l’équipière fait son marché
Le lendemain, petites foulées par St John et ensuite St Stephen ville frontalière avec les Etats-Unis. Nous sommes dimanche, une fête des bucherons bat son plein le long de la rivière, spectacle assuré. Nous nous étonnerons de voir plusieurs jeunes femmes pour certaine bien faites, participer notamment au « jeté de hache » ! Une sorte d’engin à double tranchant est envoyé à la volée et doit se planter sur une cible à une vingtaine de mètre. Chapeau bas à ces nanas, mais tu ne peux t’empêcher de penser que le jour où elle te balance une gifle, à toi les étoiles !

           
Attention les nanas !!!
Plusieurs épreuves masculines, féminines et juniors vont nous assurer un beau spectacle pour la journée.
Achevée vers dix sept heures, à pied, nous partons en reconnaissance jusqu’au poste frontière manière de tâter l’ambiance. C’est comme partout ailleurs, un poste de sortie coté canadien, un grand pont sur la rivière et en face l’autre poste où flotte la fameuse bannière étoilée et entre les deux les oiseaux qui piaillent en se moquant de ces humains ridicules qui n’ont pas encore compris que le monde ne leur appartient pas. Se diviser ainsi et se compliquer l’existence par des langues différentes, qu’on me laisse doucement sourire quand j’entendrai le premier coq américain chanter au lever du jour.   
En début de soirée, nous préparons papiers et véhicule pour le passage en douane. On nous en a tellement raconté sur le sujet qu’un minimum de tension se sent obligé de s’immiscer dans les esprits. Le véhicule à été nettoyé de fond en comble, nos jantes alu brillent de leur feu, le frigo est vide, nous avons consommé tous les produits frais jusqu'à la dernière patate ! Les bombes à ours ont été placées dans un vulgaire sachet de super marché dans un des immenses coffres de soute mêlé au fatras que nous transportons sans les dissimuler particulièrement. Nous espérons simplement que les douaniers ne nous soupçonnent pas de terrorisme avec ces engins qu’ils doivent néanmoins connaître. Françoise est un peu tendue comme en pareil cas et s’inquiète pour ses plantes vertes qui devraient finir leur vie au poste frontière. Les américains n’acceptent aucuns végétaux d’origine inconnue.
                            

                           C’est pour demain…
Nous passons notre dernière nuit canadienne au bord de la rivière qui s’embrume doucement, le Canada souhaiterait il nous retenir encore un peu ?  
En couleur locale :

    
 
               Caravane US années 60 et, couramment rencontrés bétaillère pour chevaux et son pick up monstrueux.


     
Déjà août,procchaine étape:incursion aux Etats Unis, New York, les Amihs, Niagara puis la conquête de l'Ouest par la transcanadienne...

 
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